FRANCE/ALLEMAGNE

1880-1914

La Veuve fonctionne partout


Palmarès d'Alsace-Lorraine


Voici ce que m'apprit en 2003 Christian Schrepper, de Essen (Allemagne), quant à la peine de mort en Allemagne :
"Il y a eu 572 exécutions avec la guillotine à l'Allemagne (incl. Als.-Lorr.) de 1817-1932, mais aussi 1491 exécutions avec l'épée, la hache, la roue, au gibet et au bûcher (aprés décapitation). Je ne peut pas encore dire le nombre total des exécutions 1933-45. Il y a eu aussi 126 (121 hommes et 5 femmes) décapitations avec la guillotine après la guerre, suite à des condamnations des tribunaux militaires britanniques ou des chambres correctionnelles allemandes, à Berlin, Hamburg, Dortmund, Wolfenbüttel, Rastatt et Tübingen. Mais il y avait aussi beaucoup d'exécutions par fusillade (condamnés etranger) et pendaison (pour crimes de guerre)."

Les dernières exécutions publiques allemandes :
- La dernière exécution en public avec la guillotine a eu lieu à Zweibrücken (Royaume de Bavarie) le 7 mars 1862, quand Friedrich Roesch a été décapité.
- Les deux dernières exécutions en public ont eu lieu en Octobre 1864 : Ludwig Hilbert a été exécuté le 14 octobre 1864 avec l'épée à Marburg (Electorat Hessen-Kassel) et Marie-Rosine Strauss a été exécutée le 21 octobre 1864 avec la hache à Greiz (Principauté Reuss-Greiz).



En ce qui concerne la guillotine :

- Il y eut 19 exécutions par guillotine en Alsace-Lorraine entre 1870 et 1918. 18 étaient des hommes, une seule femme fut exécutée.
- La machine utilisée en territoire occupé, de 1870 à 1918, était la guillotine de Colmar, datant de 1793. D'autres sources disent que c'était celle de Strasbourg, commandée sous la Révolution par l'accusateur public Euloge Schneider... qui finit sous son couperet !
La Presse, le 25 février 1911, mentionne le projet de mise au rancard de la vieille "Veuve" de la Révolution :
Ils sont conservateurs, en Allemagne ! L'administration de la justice germanique vient seulement de songer à remplacer la vénérable guillotine qui est seule à fonctionner en Allemagne depuis le dix-huitième siècle. Cet antique instrument trancha, durant la Terreur, bien des têtes alsaciennes, et, depuis, servit à exécuter divers assassins de marque. Mais ses longs services ont fini par détériorer la machine, qui doit être remplacée par un modèle plus récent et plus perfectionné. C'est une maison de Kœnigshofen (Alsace) a été chargée officiellement de la construction des bois de justice, et l'appareil sera incessamment transporté à Metz. Comme sa devancière, cette guillotine est-elle destinée aux Alsaciens-Lorrains ?
Quoi qu'il en soit, pour les dernières exécutions, ce fut une nouvelle machine, une "Fallbeil" de métal suivant les plans de l'horloger Johann Mannhardt, qui fut employée. - Les exécutions se passaient dans les cours de prison, avec un nombre de spectateurs restreint, pas plus de 50 personnes (NB : en moyenne) et uniquement des hommes.
- Tous les exécutés étaient condamnés par les assises, leur condamnations confirmées par le Kaiser (Guillaume I, puis Guillaume II); les exécutions étaient pratiquées par les bourreaux du Royaume de Wurttemberg, Schwarz (1880-88) et Siller (1888-1914).
- Il n'y eut aucune exécution entre 1871 et 1879, parce que Guillaume I gracia tous les condamnés en Alsace-Lorraine et en Prusse.


A ces précisions, il faut rajouter ces informations concernant la méthode d'exécution : le condamné est prévenu la veille au matin, et à l'opportunité de voir ses parents dans l'après-midi. Montée dans la soirée par un maître serrurier (à Metz, en 1908, c'est à M.Leichert que revient cette tâche), la guillotine de Colmar ne comporte pas de panier, et c'est un cercueil de sapin peint en noir placé latéralement qui réceptionne le corps du supplicié. En outre, la machine est montée sur un petit échafaud, haut d'environ un mètre. Reveillé à l'aube, le condamné peut, à sa demande, recevoir les secours de la religion. Les officiels ne le prennent en charge que cinq à dix minutes avant. Remis aux exécuteurs, le condamné a les yeux bandés et est ligoté sur la planche à bascule par un système de courroies, comme sur les bois de justice de la Révolution. Dans la majorité des cas, visiblement, le corps n'est pas confié à la famille, mais remis aux médecins de la Faculté.

Date Heure Lieu Nom Crime Exécution Condamnation
13 août 1880 Vendredi, 6h Colmar Louis Weber 41 ans, prisonnier à la maison centrale d'Ensisheim. Tua un co-détenu nommé Michael Trampert, 34 ans, le 07 octobre 1879. Le condamné est assisté par un prêtre jusqu'au bout. Se montre plutôt ferme. 15 décembre 1879
28 juillet 1882 6h Colmar François-Antoine Ketterlin Forgeron à Mulhouse. Le 9 janvier 1882, à Geispitzen, égorge à coups de couteau son ex-épouse Katharina, qui avait obtenu le divorce suite aux mauvais traitements qu'il lui infligeait. Ruiné par le divorce et d'autres ennuis judiciaires, il l'avait rendue responsable de son malheur. 13 mars 1882
09 novembre 1883 Vendredi, 8h Metz Frédéric Jacques Kurowski 30 ans, ouvrier. Avec son complice Sonnenschein, étrangle et pend à un portemanteau sa voisine, la veuve Schneider, la patronne du café "Le Lapin qui fume" à Queuleu, pour lui voler de l'argent, un réveil, des bijoux et un manteau pour transporter le tout, le 12 janvier 1883. 08 juin 1883
23 septembre 1884 Mardi, 8h Metz Hermann Julius Sonnenschein 26 ans. Avec son complice Kurowski, étrangle et pend à un portemanteau sa voisine, la veuve Schneider, la patronne du café "Le Lapin qui fume" à Queuleu, pour lui voler de l'argent, un réveil, des bijoux et un manteau pour transporter le tout, le 12 janvier 1883. 28 juin 1884
26 août 1886 Mardi, 8h Metz Stéphane Rouprich 31 ans, valet de labour. Libéré le 23 mars 1886 de la prison d'Ensisheim, après une peine pour vol, se rend le soir-même dans le café de Mme Baudisson, à Pierrevilliers. Il égorge à coups de couteau Mme Baudisson pour lui voler environ 80 francs, et tranche également la gorge de la fille de sa victime, âgée de 4 ans, qui venait d'assister au crime et s'apprêtait à courir à l'extérieur en hurlant au secours. 23 juin 1886
12 juillet 1890 Samedi, 6h Strasbourg Michel Karl Ems 37 ans, journalier. En hiver 1890, tente d'assassiner à Vasselonne, près de Strasbourg, sa bienfaitrice, la veuve Rothan pour la voler, et tue la domestique Sophie Müller. Mme Rothan échappe à la mort grâce à l'intervention de sa cousine Caroline Lambs. Très calme. Conduit les mains déliées de la cellule à la cour. Après lecture de la sentence, prie à haute voix pendant qu'on le pousse sur la bascule. 10 mai 1890
31 décembre 1891 Jeudi, 9h05 Metz Henri Uebing , artilleur, déserteur, Allemand. Egorge puis frappe d'un coup de marteau à Metz le 7 mai 1891 le lieutenant-colonel Prager, du 33e régiment de feld-artillerie, dont il avait été le domestique militaire, pour lui voler 400 marks, un bracelet, une montre et un complet. Premier arrêt cassé, verdict confirmé en deuxième instance. Transféré quelques jours plus tôt depuis la prison militaire. Averti dès la veille : demande à voir son ancien capitaine - qu'il avait également eu l'intention de tuer. Écrit deux lettres, destinées l'une à sa soeur, l'autre à sa compagne, dans lesquelles il leur demande pardon et leur dit Adieu. Reçoit deux fois la visite du pasteur Braun, ne s'alimente pas. Avant de se coucher, vers minuit, dit aux gardiens qu'il est heureux de voir sa mort imminente, que l'attente en prison était insupportable. Se lève à 3 heures, se plonge dans la Bible. Prie avec le pasteur à 7h. Remis au bourreau et à ses aides, va à la mort avec courage. Pendant qu'on l'attache sur la bascule, prie et s'écrie : "Seigneur, ayez pitié d'un pauvre pêcheur." Environ cinquante personnes présentes. 18 juillet 1891
12 novembre 1892 Samedi, 8h Metz Jacques Back 34 ans, douanier. Tua le valet Fous en 1887 à Briquerie, près de Thionville, pour le voler. Conduit à l'échafaud par deux prêtres, affirme qu'il est innocent jusqu'au bout. Meurt courageusement. 05 mai 1892
09 septembre 1895 Lundi, 8h Colmar Félix Meschberger 33 ans, cultivateur. A Neubois, le 21 juillet 1894, à peine dix semaines après leurs noces, tente d'abattre sa cousine et épouse Marie, la blessant à la main, et tentant de faire croire à un cambriolage. Tente dans les semaines qui suivent d'empoisonner le café de sa femme à deux reprises. Le 21 octobre 1894, pendant qu'elle prie, il l'assomme à coups de marteau avant de l'étrangler avec une corde et de placer son corps en bas d'un escalier pour faire croire à un accident. Prévenu à 6h30. Effondré, gémit jusqu'à la dernière minute qu'on lui fasse grâce de la vie. Devant la machine, demande pardon aux gens présents, puis embrasse une dernière fois le crucifix. 11 juin 1895
23 mars 1899 Jeudi, 6h30 Strasbourg Jacques Gier Le 28 juin 1898, à Kronenbourg, égorge de deux coups de couteau Léonie Laubacher, 19 ans, pour lui voler son sac, contenant une bouteille de vin qu'il consomme aussitôt. Son complice, Artz, est condamné à huit ans de réclusion. Informé du rejet du recours, dit au procureur : "Vous êtes le plus vil fripon de la machine de l'Etat. Je vous le répéterai à l'échafaud !" Quand on l'attache sur la machine, crie : "Vive la démocratie sociale internationale ! A mort ces canailles, les hauts fonctionnaires d'Etat ! Vive la démocration sociale internationale !" 01 décembre 1898
16 octobre 1900 Mardi, 7h04, 7h12 Metz Jean-Pierre Dimoff et Jean-Baptiste Kiffer 25 ans, ouvrier et 53 ans, journalier. Dans la nuit du 28 au 29 juin 1899 à Richemont, tuent à coups de marteau Mlles Françoise Arnould, 70 ans, et Anne Mangin, 75 ans, rentières, avant de fouiller la maison et de voler une montre en or, une montre en argent et une croix en or. Kiffer avait été, une semaine plus tôt, libéré de la prison de Clarvaux. Il avait passé au total 28 ans de sa vie en prison. Avertis la veille vers 10h du matin. Kiffer répond : "Je n'ai pas peur de mourir." Dimoff reste horrifié et prostré. Il reçoit dans la journée la visite de sa mère et de ses deux soeurs, adieux déchirants. La soeur unique de Kiffer ne se présente pas. Guillotine montée le lundi soir dans la cour, côté rue Saint-Gengoulf, par un serrurier de la ville. Cinquante personnes présentes. A l'aube, les deux hommes acceptent de voir le chanoine Simon, et communient. Devant la machine, Dimoff reçoit lecture de l'arrêt, puis fait une prière. Kiffer agit de même et meurt courageusement. 16 mai 1900
30 mai 1905 Mardi, Colmar Emile Böhm 27 ans, sculpteur. Tue à coups de couteau dans le dos M.Ehrès, facteur-encaisseur à Colmar, le 08 juillet 1904, pour le voler. Arrêté dans un champ près de Sélestat, tente de tirer sur le garde-champêtre Koenig qui allait l'appréhender, le manquant de justesse. 18 novembre 1904
04 juillet 1908 Samedi, 7h Metz Léon Emile Thouvenin 18 ans, valet de ferme chez le fermier François Donnet. Tue le père de son patron, Auguste Donnet, en l'assommant à coups de cruche puis égorgea l'épouse de celui-ci, Barbara Wagner, épouse Donnet, largement octogénaire, le 12 décembre 1907 à Lorry-les-Metz pour leur voler 700 francs. Agé de 18 ans et deux jours au moment du crime, il se retrouve passible de la mort à deux jours près ! Prévenu le vendredi à 9h30. Pris de panique temporairement. Demande et obtient de voir sa mère l'après-midi venu. Nuit calme, bien qu'interrompue par plusieurs réveils. Quitte sa cellule à 6h pour assister à la messe et communier pendant que dans la cour, on conduit les essais de la machine. Les officiels viennent le chercher à 6h55. Dans le costume porté durant le procès, très pâle, fait une dernière prière puis se confie aux exécuteurs qui lui bandent les yeux et l'attachent à la bascule. 21 janvier 1908
23 décembre 1908 Mercredi, 9h Metz Stéphane (ou Étienne) Hippert 40 ans, garçon de culture. Ayant dépensé tout son pécule dans des cafés de Metz le jour précédent, menace la veuve Trassler, 70 ans, débitante, le 26 mai 1908 au Petit-Montoy, sur la route de Metz à Courcelles, pour qu'elle lui remette de l'argent. Trouvant la somme qu'elle lui propose - 60 marks - insuffisante, il l'étrangle, l'assomme à coups de bouteille de bière, puis lui plante une paire de ciseaux dans la gorge avant de tenter de la violer. Se montre résigné en apprenant la nouvelle, ne demande rien. Se couche à minuit, sans dormir. Déjà debout à 5h. Assiste à la messe, communie, prend une tasse de café. Peu d'émotion quand, à 8h50, le procureur et le greffier viennent lui annoncer officiellement la fin. Conduit au greffe, s'agenouille devant un autel improvisé et récite le Notre Père en allemand. Grimpe seul les marches de l'échafaud, embrasse l'aumônier, puis se laisse bander les yeux avant d'être attaché sur la bascule. Récite la prière jusqu'à la dernière seconde. Environ 70 personnes présentes dans la cour de la prison. 27 juin 1908
14 juin 1912 Vendredi, 6h Mulhouse Jean-Baptiste Adolf Tua une femme pour la voler à Sumheim La veille, voit sa femme qui vient lui annoncer la mort de leur dernier fils, âgé de cinq mois. Mme Adolf demande à recevoir les vêtements de son époux. 12 citoyens de la ville présents pour assister à l'exécution. février 1912
13 mars 1914 Vendredi, 6h Metz Jean Berresheim 29 ans, mineur, Luxembourgeois. Lors d'une crise de colère avinée, tue d'un coup de couteau au bas-ventre le mineur Max Neuschaefer le 23 septembre 1912 à Algrange. Berresheim était jaloux d'un autre homme, Jean-Pierre Legrand, et il voulait le poignarder, mais par méprise, il tua Neuschaefer. Poignarda aussi mortellement le garde-champêtre Schmitz venu l'arrêter ce même jour : Schmitz mourut le lendemain. Berresheim obtient une révision de son procès, qui se solde par une nouvelle condamnation à mort. Accepte les secours de la religion, meurt courageusement. Lors de l'exécution, le couperet de la guillotine - le nouveau modèle remplaçant l'antique veuve de la Révolution - s'arrêta sans trancher complètement la tête. Le bourreau doit couper l'ultime lambeau de chair avec un couteau de poche. 21 novembre 1912, 07 novembre 1913
17 juin 1914 Mercredi, 6h05, 6h15 Strasbourg Madeleine Merschel, veuve Wendel et Joseph Wirth Fermière et journalier, amants "diaboliques". Ancien légionnaire, locataire des époux Wendel à Haguenau, Wirth devient l'amant de la femme. Tous deux décident de concert d'empoisonner Michel Wendel, epoux de Madeleine, 59 ans, menuisier d'une vingtaine d'années son aîné : la victime, intoxiquée à l'arsenic, meurt le 07 mai 1913. Apprennent la nouvelle la veille. Wirth semble indifférent, Magdalene, prise de faiblesse, doit s'aliter. Wirth reçoit la visite de sa mère dans la journée. Magdalene conduite à l'échafaud sur une civière, accompagnée par l'aumônier. Au pied de la machine, lecture de l'arrêt de condamnation. Se retourne vers autel improvisé, prie quelques instants, puis se livre aux exécuteurs. Très calme, Wirth la suit dix minutes plus tard. 05 décembre 1913


back top