FRANCE

XIIIe siècle - 1981

La vie étonnante de la guillotine

Patrick Henry, ou l'affaire Bertrand

Henry Philippe Bertrand

Troyes, le 30 janvier 1976, à midi, le petit Philippe Bertrand sort de l'école primaire. Gamin brun à l'air éveillé, il s'apprête à rentrer chez ses parents pour le déjeuner, quand devant l'école, il aperçoit quelqu'un qu'il connait. C'est un tout jeune homme, ami de sa famille. Ses lunettes lui donnent un air calme et réflechi. Il s'appelle Patrick Henry.

Philippe part alors, la main dans celle du jeune homme. Sa famille ne le reverra jamais vivant. En effet, Patrick Henry a besoin d'argent. Adolescent paresseux, il a sombré dans la délinquance. Un jour, il a volé une voiture et en jouant les chauffards, il a renversé et tué un cyclomotoriste. Comme il est mineur au moment des faits, ce sont ses parents qui sont condamnés à verser une lourde indemnité à la famille de la victime. Plus âgé, il tente d'ouvrir une quincaillerie. Mais très vite, le magasin le ruine, et l'argent lui manque de plus en plus. Alors il a cette terrible idée. Il va kidnapper un enfant et réclamer une rançon. Et il choisit Philippe Bertrand. Les parents de l'enfant ne sont pas fortunés, mais M.Larcher, le grand-père, est un assez riche habitant de Troyes. Le plan est simple et pourrait marcher...

Commence alors un incroyable jeu de piste qui dure plus de deux semaines. Les parents effondrés reçoivent des messages téléphoniques qui les font aller à divers points de la région de Troyes pour acquérir des indices, et finalement déposer la rançon. Malheureusement, la police sera semée par le ravisseur qui disparaît avec l'argent donné par le grand-père....Au même moment, Roger Gicquel, présentateur du Journal Télévisé, lance la phrase qui restera célèbre : "La France a peur." Au cours des reportages, les journalistes interrogent Patrick Henry, présent auprès de la famille. Le jeune homme, dégoûtant de cynisme, affirme à la France entière qu'un ravisseur d'enfant mériterait la peine capitale... Interrogé pendant 48 heures par la police qui voit en lui un probable suspect, il quitte le commissariat sous surveillance policière.

Le 17 février, bien renseignée, la police le suit à l'hôtel où il s'est inscrit sous un faux nom. A leur venue, il tente de s'enfuir, mais est rattrapé. On cherche l'enfant sous ses yeux. Quand on tire un tapis roulé de sous son lit, Patrick Henry sait qu'il a perdu, et avoue qu'il a tué l'enfant... Il tente de raconter qu'il a tué l'enfant face au temps trop long qu'a mis la famille à accepter ses conditions. Mais l'autopsie prouvera qu'il ment, et la logique ne pouvait que laisser entendre le contraire. Une fois dans la chambre d'hôtel qu'il a loué, Patrick Henry s'est rendu compte de son erreur. L'enfant le connaissait, et dès qu'il aurait été libéré, il aurait tôt fait de le dénoncer. Alors, le soir même du kidnapping, il étrangla le petit garçon...

L'affaire cause la haine. Henry est emprisonné à Chaumont, car les prisonniers de Troyes ont juré de le tuer. Les appels à mort sont partout, comme lors du procès Buffet et Bontems, quatre ans auparavant. Même le ministre de la Justice de l'époque, Jean Lecanuet, affirme sa volonté de voir puni de mort tous les kidnappeurs assassins. Même M.Henry père estime que la mort est le juste châtiment que mérite son fils. Victime de cette vindicte populaire, le 10 mars suivant, Christian Ranucci est condamné à mort pour un crime similaire.

Le procès s'ouvre en janvier 1977. Pour se défendre, Henry, qui est déjà condamné à mort par les Français, a demandé les services de Maître Robert Badinter. Celui-ci usera d'un argument imparable. Le crime est avoué, stupide, inexcusable. Il faut attaquer la guillotine. Si Patrick Henry est condamné à mort, jamais le président n'osera le grâcier. C'est donc le jury qui prendra l'entière responsablilité de son geste...Le jury y réfléchira à deux fois, et à la stupeur et à la consternation générale, Patrick Henry est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité le 23 janvier 1977. Quand le verdict est prononcé, il dit à haute voix "Vous n'aurez pas à le regretter!"

En "représailles", en février, deux hommes sont condamnés à mort pour rapt et meurtre. Le premier d'une enfant, le second d'une jeune femme. Aucun des deux n'y réchappera, et ils seront les derniers guillotinés de France.

En prison, Henry ne reste pas inactif. Il décroche le bac, entame des études supérieures, devient professionnel en informatique. Il restera 24 ans en prison, transitant de villes en villes. En janvier 2001, après plusieurs refus de libération conditionnelle, sa demande est acceptée, et en avril 2001, il sort de la maison d'arrêt de Caen, prêt à se réinsérer. Un imprimeur, Charles Corlet, accepte de l'embaucher, et l'aide même à fonder une société de création de logiciels. Il écrit un livre, qu'il intitule "Vous n'aurez pas à le regretter". Tout semble se passer pour le mieux. Mais cela ne dure qu'une année.

En juin 2002, il est pris en flagrant délit de vol dans un magasin de bricolage à Caen. Il régle immédiatemment ce qu'il a volé, mais plainte est déposée, et il est condamné par le tribunal correctionnel de Caen à verser 2000 euros d'amende le 22 août 2002. Mais c'est l'escalade. Profitant de quelques jours de vacances, il se rend en Espagne en octobre, et se fait arrêter dans la ville de Valence en possession de 10 kilos d'haschisch. Incarcéré sur place, il est extradé en France, et tout de suite remis en prison. Son patron a perdu toute confiance en lui. Et au final, en novembre, on découvre sur son ordinateur qu'il a surfé sur Internet sur des sites pédophiles, des sites d'achats d'armes et de falsification de documents...Il a même imprimé des photos pédophiles. Ses mémoires paraissent sous un autre titre "Avez-vous à le regretter?"

Et, honnêtement, je répondrai. OUI.

Un lien.

back top next