FRANCE

1815-1860

La corde au cou


Palmarès des États de Savoie



Il y a deux siècles, aller à Nice, à Chambéry ou Annecy, c'était déjà se rendre à l'étranger. La langue était la même, mais le régime différent. Si on exclut l'occupation de l'Alsace et la Moselle de 1870 à 1918, les Etats de Savoie - région couvrant les actuelles Alpes-Maritimes, Savoie et Haute-Savoie - furent la dernière pièce du puzzle de la France métropolitaine telle que nous la connaissons désormais.

Sous l'Ancien Régime, il y eut d'abord le duché de Savoie dont la capitale fut Chambéry - de 1416 à 1563 - puis Turin - de 1563 à 1713 -. Très tôt, le voisinage de la France pose des tensions. En 1701, au cours de la guerre de Succession d'Espagne, le duc de Savoie se range aux côtés de Louis XIV, lequel est parvenu à imposer sur le trône son petit-fils Philippe - Felipe V -, mais revient rapidement sur sa prime décision. La riposte est brutale, et dix ans durant, le duché, auquel il faut ajouter le comté de Nice, se retrouve sous domination française. En 1713, suite au traité d'Utrecht qui met un terme à cette occupation, le duc Victor-Amédée II se voit rendre ses biens, et en récompense de son soutien aux rivaux de la France, se voit offrir une "promotion : le voilà qui change de titre et devient Roi de Sicile, titre qu'il échange avec le royaume de Sardaigne en 1720 - pressé en cela par ses alliés plus puissants. Le Royaume de Piémont-Sardaigne, avec pour capitale Turin, puis Cagliari, va exister dès lors 140 ans, mais là encore, l'histoire est à rebondissements.

Le 27 novembre 1792, la République française s'octroie pour 81e département le "Mont-Blanc", qui correspond aux deux Savoies actuelles, et a pour chef-lieu Chambéry. Deux mois plus tard, le 31 janvier 1793, le comté de Nice se voit incorporé à son tour, et prend le nom des "Alpes-Maritimes", 85e département... Le 14 février, on y adjoint, pour la bonne mesure, la principauté de Monaco, dont on a chassé le souverain Honoré III (un des rares nobles à échapper à la vindicte révolutionnaire - il meurt en prison en 1795, tandis que sa bru, elle, est guillotinée la veille de la chute de Robespierre)... Ce n'est là que la partie dite "française" du royaume, mais les appétits révolutionnaires sont illimités, et bientôt, les armées républicaines s'étendent sur la majorité des territoires italiens, avec des tentatives plus ou moins fructueuses d'y créer des républiques indépendantes.

Dès 1814, avec la première abdication de Napoléon Ier, l'Empire se désagrège. Le 30 mai 1814, le traité de Paris établit ce qui reste français et ce qui retourne à leurs précédents propriétaires, mais ce n'est que par le second traité de Paris, le 20 novembre 1815, que le royaume de Sardaigne retrouve enfin ses possessions transalpines. Cependant, pour les Savoisiens, le retour à l'ancien régime monarchique ne se fait pas si aisément que cela, les habitants ayant clairement l'impression d'être des exclus dans leur propre pays : francophones au milieu d'italophones, ayant fourni non sans enthousiasme plusieurs dizaines de milliers de grognards à l'armée de Bonaparte, ils se sentent au final fort peu concernés par les idées réunificatrices des résidents de la péninsule, et cela n'ira pas en s'arrangeant. A terme, après 45 ans de reconquête, le roi Victor-Emmanuel II, ex-roi de Sardaigne devenu roi de la nouvelle Italie unifiée, cède à la France - en remerciement de son aide pour les guerres contre l'Autriche - les anciens territoires de Savoie et de Nice. Le département du Mont-Blanc est désormais scindé en deux entités, Savoie et Haute-Savoie, et Nice redevient préfecture des Alpes-Maritimes, qui voit sa superficie augmenter par l'ajout de l'arrondissement de Grasse... Curiosité géographique, c'est avec cet ajout que le Var n'arrose plus le département qui porte toujours son nom...

Pour en revenir à la peine capitale, le rattachement des États de Savoie avec le royaume de Sardaigne entraîne la révocation du Code pénal napoléonien et de toutes les avancées en matière judiciaire apportées par la Révolution. La loi redevient celle appliquée en 1770 : le pilori, l'estrapade et la roue figurent à nouveau à l'arsenal des peines encourues ! Il semble pourtant que jamais elles ne seront appliquées, avant d'être supprimées pour de bon en 1831 par décret de Charles-Albert de Savoie. Mais pour bien se démarquer de la France, décision est faite de mettre la guillotine du Mont-Blanc au placard (littéralement, puisqu'on la retrouvera intacte en 1868 pour l'exécution de Vicquéry à Chamonix) afin d'employer la méthode du reste du Royaume, une méthode ayant fait ses preuves millénaires : la potence.

La méthode est simple : jusqu'à la fin des années 1840, le supplice a généralement lieu au lendemain de la condamnation prononcée par le Sénat de Chambéry ou celui de Nice, décision qui trouve là un caractère définitif faute de recours en grâce. Le greffier vient donc l'en informer, environ 24 heures avant l'heure prescrite de l'exécution, et le condamné, enchaîné sur un tabouret, doit subir la visite d'un public jamais très tendre ni respectueux. Le lendemain, pendant qu'on le conduit à l'échafaud, le glas sonne, et de la porte de la prison à la place publique, le condamné est encadré par un ou deux prêtres - ainsi que par la confrérie des Pénitents Noirs qui, à Chambéry tout du moins, se chargent depuis le 29 mai 1594 de l'enterrement des suppliciés. C'est l'exécuteur qui mène le cortège, tenant le condamné comme un chien en laisse avec une corde... souvent la corde qui servira à l'étrangler peu après. Le défilé tourne à travers la ville jusqu'à la potence. L'exécution en elle-même se déroule à la manière des pendaisons de l'Ancien Régime. On est loin, on va le voir, des échafauds à trappe, dit "long drop", utilisés par les Anglo-Saxons depuis la même époque.

Voici ce que rappelait le Courrier des Alpes du 09 juin 1861 :

"Le mode employé jusqu'à présent en Savoie les exécutions des arrêts criminels, sauf pendant la période de 1792 à 1815, époque à laquelle la Savoie appartenait à la France, était la pendaison ou la mort par strangulation. Cet affreux supplice produisait la mort par une compression opérée au cou, au moyen d'un lien auquel le corps était suspendu. C'était un horrible spectacle que ce groupe d'un bourreau, de son aide et du condamné. La strangulation était ainsi causée par une double force et par un triple poids. Le lien était une corde de chanvre assujettie par un énorme clou fixé à la potence. Celle-ci s'élevait à une hauteur de deux mètres et demi environ. Une échelle solidement attachée par des cordes était appuyée contre la partie supérieure et transversale du gibet. Le patient, accompagné par un prêtre, était précédé et suivi par les pénitents noirs. Au pied de l'instrument de supplice, l'exécuteur des hautes oeuvres s'emparait de sa personne et le hissait d'échelon en échelon jusqu'au point où la corde pouvait atteindre le cou du condamné ; il l'y passait aussitôt au moyen d'un noeud coulant, et le corps, poussé hors de son point d'appui, restait suspendu au-dessus du sol. Au même instant, on voyait le bourreau se livrer à un chassé-croisé des plus rapides sur les épaules du supplicié, tandis que son aide le tiraillait violemment par les jambes pour hâter la rupture des artères du cou.
Quelques minutes après, un cadavre à la face livide et contractée, le cadavre d'un pendu, se balançait seul dans l'espace.
Avant 1848, les exécutions avaient lieu à onze heures du matin, et ce n'était qu'à cinq heures du soir que le cadavre du supplicié était descendu de la potence pour être enseveli par les soins des pénitents noirs. Depuis 1848, les exécutions se faisaient ordinairement à six heures du matin, et à sept heures tout était terminé. On n'avait plus ainsi, comme autrefois, ce lugubre spectacle sous les yeux pendant plus de six heures.
C'est au Champ-de-Mars qu'était toujours dressée la potence ; mais à une époque déjà bien éloignée de nous, vers les XIIe, XIIIe et XIVe siècles, les exécutions avaient lieu sur la butte de Reschaux, sur l'ancienne route de Montmélian : c'est en ce lieu que se dressaient les fourches patibulaires de la ville de Chambéry.
"

Pour être plus précis, le Champ-de-Mars, appelé aussi Verney, accueillera dès 1850 les travaux du palais de justice de Chambéry, lequel sera officiellement inauguré en 1860. Ce fut sur cette promenade - par ailleurs réaménagée, mais toujours existante en 2016 - qu'en 1891, on vit pour la dernière fois en Savoie se dresser la guillotine.
La potence se compose de trois madriers : deux verticaux, hauts de trois mètres, et un horizontal, les joignant en leur sommet, et long de deux mètres et des poussières. Deux échelles sont appuyées contre cette barre, et au milieu de celle-ci, un piton sert à accrocher la corde avec son noeud coulant. Le condamné est poussé et grimpe sur l'une des échelles, le bourreau sur l'autre. A une hauteur suffisante, le noeud coulant est passé au cou du patient, et tandis que le prêtre prononce les derniers mots d'une prière destiné à donner du courage, on fait trébucher le condamné en avant. L'échelle est retirée, ses pieds remuent dans le vide. C'est là qu'intervient l'exécuteur : pour éviter une longue agonie par asphyxie - ça peut durer un quart d'heure -, il s'accroche à la traverse et pèse de tout son poids sur les épaules du pendu tandis qu'en bas, les aides tirent les jambes ! Ce manège précipite effectivement la mort, mais dure souvent une bonne minute...
En 1858, un journaliste commente : "A cinq heures et demie, tout était terminé et le supplicié était au cimetière. Cependant, à l'heure où nous écrivons (4 heures) l'instrument du supplice est encore dressé au Champ-de-Mars. En France, l'échafaud est enlevé aussitôt après l'exécution : chez nous, il paraît qu'on tient à le laisser longtemps sous les yeux de la population. Un étranger qui se trouverait de passage dans notre ville un jour d'exécution pourrait croire que le gibet y est en permanence."

Il est dur de savoir qui exerça les fonctions de bourreau en Savoie à cette époque : des écrits mentionnent sans qu'on puisse les contester qu'en 1815, Pierre Reine, exécuteur du Mont-Blanc, avait bel et bien perdu sa place suite au traité de Paris, et il ne semble pas qu'il fût remplacé de façon permanente. Après cela, certains récits d'exécutions font mention du "bourreau du Piémont", qui serait donc celui de Turin. Qui était-il ? La liste des exécuteurs est assez précise jusqu'en 1814, mais à compter de cette date, à laquelle le département français du Pô cessa d'exister, on ignore tout de l'identité exacte de M. de Turin... tout du moins jusqu'en 1831, quand est officialisé Piero Pantoni (ou Pantioni). Il naquit vraisemblablement en 1801 à Reggio nell'Emilia dans une famille d'exécuteurs piémontais : dans les années 1800, on trouve un Pierre, aide à Grenoble, Benoît, frère du précédent, bourreau d'Ivrée, ou Nicodème, bourreau de Verceil. Le père de Piero, Antonio, fut - à l'en croire - exécuteur des Etats Pontificaux ; si tel est le cas, il fut sans doute le maître de Giovanni Battista Bugatti, le futur "Mastro Titta" - avant, apparemment, de devenir l'exécuteur de Reggio ; il occupa aussi le poste de Verceil, entre 1810 et 1814, en succession de Nicodème. Le frère de Piero, Giuseppe, était quand à lui bourreau de Parme - et toujours en poste en 1858, à 74 ans, prenant sa retraite vers 1863.
L'histoire dit que Piero ne voulait pas devenir bourreau et avait fui l'Italie pour Paris dans sa jeunesse, avant de se raviser et d'accepter la charge familiale... Légende encore, celle de l'épouse de Piero, avec laquelle il se maria en 1846, et qui, accablée de honte par le métier de son époux, restait enfermée chez eux et passait son temps à nettoyer leur maison du quartier Fornelletti - actuelle 2, Via Bonelli -, qui avait ainsi acquis la réputation d'être la maison la plus propre de Turin ! Au total, Piero supplicia au total environ 150 condamnés en 33 ans - d'autres chiffres parlent de 423 ! - sa dernière prestation ayant lieu à Turin le 13 avril 1864 à 5 heures, quand il pendit Carlo Savio, 23 ans, voleur et assassin, devant la gare ferroviaire de Porta Susa.


La peine de mort ne fut pas, somme toute, une situation quotidienne dans les Alpes Sardes. De 1834 à 1844, le Sénat de Chambéry ne prononça qu'une seule condamnation - apparemment commuée - et en 1845 et 1847, pas une seule. Arnaud Gobin affirme également qu'aucune condamnation à mort ne fut prononcée à Nice de 1840 à 1860. La moyenne tournait aux alentours d'une ou deux par an - sauf en 1850, année de sévérité, où sept assassins furent voués à la potence par le Sénat de Savoie. La dernière condamnation des Etats de Savoie a lieu le 20 mars 1860, soit quatre jours à peine avant le traité de Turin, qui décide de l'annexion définitive de la Savoie à la France, quand Catherine Lollioz, domestique ayant empoisonné son enfant nouveau-né le 23 août 1859 à Chevenoz, reçoit la sentence suprême. Sa peine sera commuée en travaux forcés à perpétuité le 04 mai suivant.

L'horreur éprouvée par les exécutions d'antan peut expliquer le nombre somme toute réduit de condamnations à mort prononcées dans la région savoyarde : à Chambéry, de 1860 à 1950, la peine fut prononcée douze fois, et exécutée une unique fois en 1891. En Haute-Savoie, elle fut prononcée à deux reprises seulement : en 1867 - le condamné finissant guillotiné à Chamonix - et en 1912, le condamné étant gracié. Nice, elle, se montra plus sévère : sur vingt-deux condamnations prononcées de 1863 à 1972, sept se conclurent par la décapitation du condamné.

Pour plus de détails, je vous conseille l'excellent site Histoires de bourreaux.

Date Heure Lieu Nom Crime Exécution Condamnation
10 juin 1815 Samedi, Nice Laurent Bellon, Antoine "Rostan" Bellon et Antoine-François Bellon Cousins. Le 21 mai 1815, au lieu-dit "La fontaine de Jarrier" (La Fouont-de-Jarrié), commune de Contes, attaquent le convoi de la marquise Françoise de Butler avec cinq complices, et dérobent au total plus de 300.000 francs en or et bijoux, ainsi que du rhum. Profitant d'une dispute entre brigands, une des victimes s'enfuit et parvient à donner l'alerte, et cinq d'entre eux sont capturés - l'un d'eux, François Bonifassio, s'étrangle accidentellement durant le trajet qui l'amène en prison. Dominique Comte, qui dénonça ses complices, est condamné aux galères à vie. Pendus au gibet de la Fous, sur la plage, près de l'embouchure du Paillon. Les corps sont ensuite décapités et les têtes exposées à des fins dissuasives. 09 juin 1815
12 août 1815 Samedi, 11h Saint-Jean-de-Maurienne Martin-Pierre Latour Assassine sa femme et leur enfant à Saint-Colomban-des-Villards. 07 août 1815
29 juillet 1816 Lundi, 10h30 Moûtiers Jean Silvin 35 ans, laboureur à Peisey. Vol et assassinat. 16 juillet 1816
14 juin 1817 Samedi, 11h Chambéry Antoine Thomasset 26 ans. A Marcellaz, s'introduit par effraction dans une maison avec une fausse clé et tue l'occupant. Supplicié place du Verney. 11 juin 1817
08 juillet 1817 Mardi, 11h30 Bonneville Sulpice Chenut Vol et assassinat
18 mai 1818 Lundi, 11h30 Moûtiers Jean-Marie Blanc Assassin
18 février 1819 Jeudi, 11h Chambéry Jean-Claude Noiray 42 ans. Infanticide à Saint-Badolph.
12 juin 1824 Samedi, 15h Chambéry Victor-Denis "Delisle" Dumontel PARRICIDE, 28 ans, avocat. Etrangle à Chambéry, faubourg du Reclus, dans la nuit du 30 au 31 mars 1824, sa mère Victoire Pelletier, veuve Dumontel, avant de mettre le corps dans une malle pour l'expédier dans leur maison de campagne et de l'inhumer dans la cave. Arrêté peu après en voyage en possession de faux papiers. L'exécution entière dure au moins trois heures. A d'abord le poing droit coupé. Après la pendaison, le corps est brûlé et les cendres jetées dans les eaux de la Leysse, mélangées aux cendres du bûcher. 11 juin 1824
19 mai 1826 Vendredi, 11h30 Chambéry Jean-Louis Bompard 45 ans, notaire. Le 25 septembre 1825, à Chambéry, tue sa femme Claudine en l'assommant puis trempe sa tête dans une marmite d'eau bouillante pour camoufler les traces de coups. Le résultat est désastreux : les hématomes restent visibles, et les dents et les cheveux de la victime restent au fond de la marmite. 18 mai 1826
1837 ? 1847 ? Nice Serafino Romagna
23 juillet 1844 Mardi, 11h30 Chambéry Emmanuel Traq 38 ans, agriculteur. Braconnier assassin d'un garde-champêtre près de Saint-Jean-de-Maurienne. Quitte la prison à 11h. Précautions supplémentaires pour l'empêcher de s'échapper - avait déjà tenté de s'évader des prisons de Saint-Jean. Pendant le chemin, gémit sans cesse : "Mon Dieu ! Ayez pitié de moi ! Mes pauvres enfants !" Foule imposante au Vernay. Résiste un peu pour monter à l'échelle. Quand le condamné est mort, des cris retentissent dans la foule : "A bas le bourreau !" Comme quelques spectateurs lui lancent des pierres, l'exécuteur tire un revolver de sa ceinture et menace le public : remède pire que le mal, car des adolescents se mettent à le lapider sans arrêt jusqu'à son retour à la prison ! L'exécuteur, son aide et les archers du service d'ordre s'en tirent avec quelques ecchymoses, et cinq personnes sont arrêtées.
31 juillet 1844 Mercredi, 9h Thonon François Barathay 24 ans, soldat. A Vinzier, le 04 juin 1843, tue Maurice Mijoud, 9 ans et l'éventre pour voler son coeur, à des fins de sorcellerie. Pas d'exécution à Thonon depuis longtemps - peut-être jamais ? -, alors les exécuteurs ont affaire à une population très réticente : les marchands locaux ne fournissent ni bois, ni fer ni cordes, et n'obéissent qu'avec mépris aux réquisitions. Cependant, ils refusent de vendre, préférant donner les matériaux nécessaires plutôt que d'accepter l'argent du sang. Les charpentiers locaux font le prêt de toutes leurs haches et de leurs scies pour ne pas savoir lesquelles seront employées par le bourreau et son aide pour l'édification de l'échafaud ! Barathay demande à aller à pied de la prison à l'échafaud. Quand le corps est décroché, après six heures de suspension, le public se fait un devoir de détruire la potence et de la brûler. 23 juillet 1844
1850 André Tranchant Pour refaire sa vie avec sa maîtresse, empoisonna sa femme, Angélique Molliet, à Saint-Jean-de-Maurienne en mettant de l'arsenic dans son repas, composé de lait et de matafan, à compter du 07 avril 1849. Angélique mourut dans la nuit du 24 au 25 avril 1849. Jeanne Michel, sa maîtresse, est condamnée à deux ans de réclusion. 08 juin 1850
14 août 1850 Mercredi, 11h Saint-Jean de Maurienne Alexis Darves et Anne Marie Didier, veuve Deléglise 62 ans, cultivateur, et 40 ans, ménager, amants diaboliques, les époux Deléglise étant les locataires de Darves. Tuent, le 19 octobre 1849 à Villarembert, Jean-Antoine Deléglise de trois coups de marteau et de soufflet en fer sur la tête puis font roule le corps sur un kilomètre avant de le précipiter dans un ravin où coule le ruisseau des Vernes, où il est récupéré le 20 octobre. 02 juillet 1850
20 août 1850 Mardi, 11h Chambéry Pierre "Cornon" Henri 58 ans, agriculteur. Entre Ruffieux et Serrières, le 11 septembre 1849, assomme d'un coup de pierre sur la tempe droite puis poignarde à une vingtaine de reprises Charles Reynaud, agriculteur, pour lui voler une bourse garnie de napoléons d'or. Son complice, Aimé "Péraimard" Lièvre, est acquitté. 12 juin 1850
09 octobre 1850 Mercredi, Cagliari (Sardaigne) Jean Pierre Cathelin 32 ans, préposé aux douanes. A Vions, le 23 août 1846, blesse gravement son collègue François Genevois. Le 15 août 1847, à Cessens, assassine pour la voler Pernette Jeandet, épouse Cathelin, 45 ans, sa belle-soeur. Condamné par contumace le 28 novembre 1848. 23 mars 1849
07 avril 1851 Lundi, Saint-Julien-en-Genevois François Collomb et Jacques Collomb 25 ans et 22 ans. Assassins de leur oncle Alexandre Chavin qu'ils tuent d'un coup de gourdin de chêne à Saint-Cergues le 22 novembre 1849, puis transportent sous le pont de Bléger. Leur père Claude Collomb est acquitté. Le bourreau devait arriver le samedi à 11 heures, mais il doit faire des détours en franchissant la Maurienne tant les habitants le menaçent de représailles. Arrivé vers 14 heures, il constate que le gibet est en mauvais état, et repousse l'exécution au surlendemain pour procéder aux réparations. La foule - environ 10.000 personnes - se disperse heureusement sans heurt. Exécution, au final, sans problèmes. 28 janvier 1851
10 avril 1851 Jeudi, 11h Chambéry Françoise Vinit, veuve Robert 32 ans, journalière. Empoisonne avec une soupe à l'arsenic le 01 et le 02 novembre 1849 à Argentine Josèphte Gerbier, épouse Bonfand, laquelle meurt dans la nuit du 05 au 06 novembre. Va à l'échafaud avec résignation, conduite en voiture fermée. 18 décembre 1850
18 mars 1853 Vendredi, 6h30 Chambéry Giuseppe Pansarosa et Luigi Merlo 32 ans et 28 ans, imprimeurs sur étoffe à Turin. Le 25 juin 1851, au hameau de la Pierre-Bénite, commune d'Oullins, dans le Rhône, attaquent la maison des époux Laposse, pour y voler 400 francs et une montre en argent, battent et poignardent Madeleine Cattin, épouse Laposse, puis couchent la blessée sur le lit et y mettent le feu. La pauvre femme survit quelques heures à ses brûlures. La veille, Pansarosa écrit à sa soeur :
"Chère et bien aimée soeur, je t'envoie cette lettre à toi directement ; garde-la en mémoire de moi. Je dois te prévenir, puisque tu es mère, de prendre bien garde à tes enfants : rappelle-toi de ne jamais leur lancer quelques malédictions dans ta colère ; ces malédictions resteraient sur leur tête. Corrige-les comme il convient, et entretiens-les dans la dévotion à la sainte Vierge Marie et à sainte Philomène, je t'assure qu'alors ils ne périront jamais.
Apprends que demain, le 18 de mars, je serai conduit au supplice après avoir été fortifié par les sacrements, avec l'espérance d'obtenir de Dieu une place dans son paradis.
Ne manque pas de prier pour moi, de mon côté je prierai pour toi et pour tous les autres membres de la famille, infiniment, infinamente.
Je sais que tu m'aimais plus que tous, chère soeur ; souviens-toi de cette parole que tu me dis quand nous étions à l'hôtel de St-Georges : "Prends cette chaise, mets-toi près de moi, je veux garder le souvenir de toi." On dirait que Dieu t'avait donné un pressentiment.
Je ferme cette lettre avec les larmes aux yeux, assis à une table dans la chapelle de la prison : j'attends la journée de demain, belle vigile de saint Joseph, mon saint et patron. Adieu, adieu pour toujours. Conserve cet écrit comme souvenir de moi, tu n'en auras pas d'autres.
Je suis ton frère chéri et agonisant,
PANSAROSA GIUSEPPE
A nous revoir en paradis où nous serons unis. J'ai fait 20 mois de prison : je ne l'ai pas écrit pour ne pas vous attrister."

Conduits en voiture en compagnie de l'abbé Brion, aumônier des prisons, et de l'abbé Goddard, aumônier du Sacré-Coeur.
29 décembre 1852
25 août 1853 Jeudi, 6h Moûtiers Gervais Baudin 34 ans, garçon d'hôtel à Paris. Assassine de onze coups d'un outil pointu et tranchant son frère Antoine Baudin le 24 juillet 1852 dans une grange de Nâves. Exceptionnellement réfractaire à la relgion, envoie au diable les aumôniers et rejette toute tentative d'apaisement par le biais de la religion. Seul l'abbé Chevray parvient, en usant d'une grande psychologie - et en lui parlant de sa mère -, à l'émouvoir et à le ramener à de meilleurs sentiments. Le changement est, semble-t-il, exceptionnel, puisque le condamné devient pieux comme jamais. Quitte la prison le 23 août pour Moûtiers, et le public venu le visiter le 24 dans son cachot est particulièrement ému par sa conversion. Passe la nuit en prières, à peine interrompu par l'arrivée du bourreau vers 4 heures. Se rend à pied de la prison à l'échafaud. Foule nombreuse. Embrasse le prêtre avant de monter à la potence, et de s'adresser à la foule : "Je vais paraître devant Dieu. Jeunes gens, vous tous, mes amis, prenez exemple sur moi : retire-vous à temps des mauvaises compagnies, ne vous laissez pas égarer par les lectures dangereuses..." Après des paroles hautement catholiques, se confie à l'exécuteur, qui l'embrasse avant de le pendre devant une foule silencieuse et recueillie. 30 mai 1853
11 mars 1854 Samedi, 6h30 Chambéry Maurice Tissot PARRICIDE, 28 ans, cultivateur. En revenant de la foire de Coise, sur le chemin de Saint-Pierre d'Albigny, le 17 juin 1853, tue son père Jean d'un coup sur la tête et jette le corps dans les îlages, au pied du pont de Saint-Pierre où il est repêché le 19 juin. Mobile : une haine longuement nourrie, après que Jean se soit opposé au mariage de son fils. Conduit à l'échafaud pieds nus, un voile noir sur la tête. 30 décembre 1853
01 mars 1856 Samedi, 6h30 Annecy Jean-Louis "Petiolon" Paulme 50 ans, cultivateur à Thorens-Sales. Auteur de trois incendies : le premier le 24 avril 1850, brûle la maison Eminet, au hameau dit "Les Béni". Le 24 avril 1852, incendie dix-neuf maisons de Thorens, du côté de plot. Le 25 juillet 1852, à Groisy, au hameau des Barons, allume un incendie qui détruit la maison de Marie Métral, épouse Convers. Enfin, dans la nuit du 07 au 08 septembre 1852, au hameau du Plot, à Groisy, incendie le toit d'un four jouxtant la maison Jacquet. Transféré de Chambéry à Annecy dans la nuit du jeudi au vendredi, entend la lecture de sa sentence sans réagir ni sembler comprendre qu'elle signifie l'imminence de la fin. Quand l'aumônier lui explique, il s'effondre et perd connaissance plusieurs fois, heureusement soutenu par le prêtre. Passe ses 24 dernières heures à prier. Le dernier matin, assiste à plusieurs messes et communie. Sur l'échafaud, embrasse l'aumônier et l'exécuteur, à qui il dit : "Je vous pardonne de grand coeur !" Avant qu'on ne le jette de l'échelle, il dit : "Mon Dieu, j'espère en vous : faites-moi miséricorde !" 09 novembre 1855
22 juillet 1858 Jeudi, 4h30 Chambéry Jean-Baptiste "Crottet" Soldet 36 ans. Pour mettre le feu au hameau des Allues, commune de Saint-Pierre-d'Albigny, incendie une maison le 03 janvier 1858. Le sinistre se propage à quinze maisons habitées ainsi que treize granges. Temps très orageux, pluie violente. Prie toute la journée, s'endort le crucifix à la main. Très calme durant tout le trajet, manifeste son repentir. 14 avril 1858
22 décembre 1859 Jeudi, Aoste François-Joseph Verney et Joconde-Grégoire Verney PARRICIDES, frères, 31 ans et 21 ans. Le 23 octobre 1858, au village de Patien, commune de Gressand, lapident et assomment mortellement leur père Etienne-François Verney. Condamnés par la cour d'appel de Savoie. 29 juillet 1859


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