MONDE

1792-1940

La Veuve fonctionne partout


Palmarès de Suisse


La peine de mort en Suisse est une véritable histoire à tiroirs. Sans être rares, les condamnations à mort ne sont pas spécialement fréquentes en Helvétie : entre 1851 et 1873, on dénombre 95 condamnés à mort et 38 exécutions accomplies en public.

En 1874, le gouvernement Suisse votait l'abolition de la peine de mort dans ses cantons. Cependant, après cinq ans, un référendum devait annuler cet exemple humaniste : 52.5% de la population votait pour le rétablissement de la sanction suprême. Malgré cette volonté populaire, la reprise est lente et au final, de 1879 à 1940, la peine capitale n'est prononcée que 22 fois, et seuls neuf malchanceux passent sur la "bécane", devenue le seul instrument de supplice en Suisse.

En 1938, un nouveau référendum annule le précédent : 53.5% des votants adoptent le nouveau Code Pénal, applicable à compter du 1er janvier 1942, et qui comporte l'abolition de la peine de mort en matière civile. Pendant la Seconde Guerre mondiale, 17 condamnés militaires seront passés par les armes pour faits de trahison. Ce n'est qu'en 1992 qu'on abolit définitivement la peine capitale sous toutes ses formes en Confédération Helvétique, et malgré quelques tentatives de rétablissement, souvent pronées par l'extrême-droite, le pays est désormais signataire de traités européens et internationaux qui rend improbable le retour de cette peine un jour.

C’est à Genève que l’histoire de la guillotine Suisse commence. Le 26 avril 1798, la cité occupée devient bien malgré elle chef-lieu d’un nouveau département, le Léman : cette « naturalisation » implique donc d’adopter le code pénal de l’occupant… et la mort par guillotine pour les condamnés à mort (Pendant la Terreur, entre le 19 juillet et le 10 août 1794, si 16 personnes sont bien exécutées dans la Cité, c'est par fusillade et non par décapitation).

Sitôt le premier verdict prononcé, en février 1799, le bourreau Jean-François Pasteur effectue quelques trajets dans les environs, notamment à Chambéry, pour y faire fabriquer un couperet neuf. Demande aussitôt rejetée, la centralisation obligeant M. de Genève à faire la demande auprès d’un coutelier parisien ! On passera outre, et c’est un forgeron de Commugny, Humel, qui se chargera de préparer le couperet, moyennant 122 livres.


C’est à un charpentier local, Jean-François Nicolas Boiteux, qu’on confie la tâche de fabriquer la machine de mort, copie de celle expédiée six ans plus tôt à Chambéry. Après s’être rendu sur place pour étudier les bois savoyards et prendre toutes les mesures nécessaires, Boiteux rentre au bercail et le chantier démarre. Quarante-deux journées durant, les quatre ouvriers du maître menuisier vont tailler, scier,raboter et assembler les pièces : du sapin pour l’échafaud (4.5m L X 2.8 l X 1.94 h), du chêne pour les poteaux de la mécanique, hauts de 350 cm, le tout peint en rouge pour bien marquer les esprits. Un travail pénible, peu appréciable et mal payé qui plus est, puisque l’administration devra se faire tirer l’oreille plusieurs mois après la construction pour enfin régler à Boiteux ce qu’elle lui doit ! Prix de ses services : 300 livres 18 sols, plus 588 livres de main d’œuvre !

Ce n’est pas tout : la machine n’est pas que de bois. Aussi, le serrurier Barnier, fournisseur de toutes les pièces métalliques, visserie et autre système mécanique de l’instrument, réclame lui 302 livres et 7 sols ; le sellier Jaquemet, lui, ayant apporté les sangles pour la bascule, le fourreau du couperet et s’étant chargé de peindre la machine, sollicite 36 livres ! Au total, la guillotine locale coûtera donc 1355 livres et 5 sols ( soit l’équivalent de près de quinze mois de salaire d’un ouvrier moyen).

Au total, en 14 ans, les Pasteur, bourreaux de Genève, feront tomber 33 fois le couperet dans la juridiction genevoise – dont une fois sur une femme ; le summum se déroule bien sûr au début : dix-sept décapités jusqu’en octobre 1801, soit la moitié en deux ans… Après l’abandon français et la chute du département, la guillotine locale ne fera plus que six victimes, ce jusqu’en 1862…

En 1812, c’est une fois encore à Boiteux qu’on fait appel quand le canton/département voisin, celui du Simplon, envisage à son tour d’employer la guillotine pour supplicier ses condamnés. La nouvelle guillotine est expédiée de Genève à Sion le 12 novembre 1812 avec sa facture s’élevant à 878 francs 70 centimes. Son existence allait être éphémère : sitôt les Français partis, en décembre 1813, les bois de justice de Sion sont mis au rancart. En octobre 1814, on évoque leur présence dans le hangar d'un particulier qui réclame compensation financière pour cet entrepôt d'un genre peu commun...Depuis, nul ne sait ce qu’ils sont devenus.

La guillotine genevoise, inutilisée depuis 1862, se trouve exposée au musée de la maison Tavel, à Genève. Largement incomplète - il manque le chapiteau et la bascule -, elle reste quand même un des rares modèles révolutionnaires authentiques encore visible.

Ayant voté un nouveau Code pénal l'année précédente, en janvier 1836, qui institue la guillotine comme moyen d'exécution, le canton de Zurich passe commande auprès d'un mécanicien genevois, Johann Bücheler, d'une nouvelle guillotine améliorée. Se basant sur la machine de Genève, pour un prix de 875 francs (plus 50 francs pour le chariot), il réalise en six semaines un travail remarquable et inédit... ou plutôt deux, puisqu'en mai de la même année, un second modèle est construit pour être mis en service à Lucerne. On pourrait même dire trois ou quatre, le constructeur prenant la peine de réaliser au moins un modèle de sa machine à l'échelle 1/5, afin de faciliter les explications de montage aux exécuteurs. Il semble que la première tête de la guillotine Bücheler tomba, elle, à Zurich en 1845 : ce fut la première sur onze exécutions.

Plus petite que sa cousine française, en bois de chêne peint en rouge et noir, la machine mesure 3m93 de haut pour 2m12 de long sur 74 cm de largeur. La bascule se trouve, elle, à 97 cm du sol, et l'ensemble lame+mouton pèse une quarantaine de kilogrammes. Le fonctionnement est également différent, avec une mécanique somme toute plus fiable, même si plus salissante comme on va le voir.
En effet, le condamné restant attaché à la bascule, le corps se vide entièrement de son sang sur la machine suite à la décapitation. En plus, un système de pince vient complèter la lunette, ce qui maintient la tête en place, le couperet passant exactement entre pince et lunette. La remontée du mouton se fait par manivelle, avec une corde dont l'extrémité se termine en boule et qui passe par un goulot, au dessus du poids. Une fois positionnée, une tringle vient maintenir l'ensemble décapitateur par le dessous, et la corde se retrouve détachée. La suite est assez familière... si ce n'est que, donc, le corps reste ligoté sur la bascule avant d'être placé dans une caisse de bois latérale... tandis que la tête, elle, tombe non dans une bassine mais dans un morceau de tissu blanc !

Les deux guillotines ne font pas long feu : considérées comme des outils déshonorants au regard de toutes les exécutions de la Révolution française, elles n'emportent pas l'adhésion populaire. Le 06 septembre 1839, le modèle de Zurich est brûlé sur le parvis de la cathédrale. Deux ans plus tard, le 12 juin 1841, à Lucerne, une pétition est soumise au Grand Conseil pour son interdiction. Celle-ci entre en vigueur le 10 mars suivant, et le 18 avril, les bois de justice de Lucerne sont détruits à leur tour, le canton conservant mention de son usage potentiel dans le Code pénal, mais n'utilisant que le glaive pour les exécutions capitales.
En 1845, à Zurich, toutefois, on fait reconstruire la machine par le sieur Escher-Wyss d'après les plans de Bücheler - 821 francs -, et sans doute y fait-il quelques améliorations supplémentaires. Après l'abolition de la peine capitale dans le canton, en 1868, on se retrouve avec une machine neuve sur les bras... Qu'à cela ne tienne ! Schaffhouse, elle, est intéressée par sa récupération : louée dans un premier temps, la guillotine zurichoise est vendue pour 2200 francs suisses au canton voisin, qui l'entrepose au cas où... Sage décision. En 1885, lors de la condamnation à mort du criminel Jacob Mattmann, on songe d'abord à acheter une nouvelle machine avant de songer à celle stockée à Schaffhouse. Mattmann étant gracié, ce n'est que partie remise. Il faudra attendre sept ans avant qu'on ne procure à la "Veuve" un nouvel époux. Désormais seule en activité, c'est par son biais que, durant les cinquantes dernières années, les exécutions capitales sont effectuées dans les cours des prisons des derniers cantons non-abolitionnistes - Fribourg, Obwald, Lucerne, Zoug, Schwytz et Uri -, et ce jusqu'en 1940.

De nos jours, la dernière guillotine suisse - et son modèle réduit - se trouve exposée au Musée d'Histoire de Lucerne : on peut même, si on n'a pas trop peur, se coucher sur la planche. Sur la boîte contenant le couperet, on peut lire les noms des derniers suppliciés.
En outre, se fiant aux plans de l'ingénieur américain Michaël Nielsen, Guido Varesi, propriétaire du Musée du Bourreau de Sissach, a fait réaliser une copie conforme de la guillotine Berger, taille réelle. Celle-ci, trop haute pour être exposée dans le musée, sert à des expositions itinérantes.
Pour complèter le tout, voici un site intéressant sur une famille de bourreaux helvètes : les Pasteur.

Date Heure Lieu Nom Crime Exécution Condamnation
16 novembre 1793 Georges Roll Chef des réfractaires du Mont-Terrible.
03 février 1794 Porrentruy Antoine Jecker Forestier de la principauté de Bâle
25 février 1794 Délémont (Jura) François Bourquin
10 mai 1794 Porrentruy Un condamné Juif, originaire de Mannheim.
19 octobre 1797 Porrentruy Un condamné
13 mai 1799 Genève Maurice Gervais Tua une jeune fille à coups de hache avant de faire brûler le corps pour cacher les traces de son crime. Exécuté sur les glacis de Plainpalais, dans les faubourgs de la ville, près de la route de Carouge. Premier usage de la guillotine en Suisse. 26 février 1799
1799 Genève Exécuté sur la place de la Porte de Neuve, qui restera le lieu de supplice jusqu'à l'abolition.
21 avril 1803 Jeudi Genève Les trois frères Chappaz Faux-monnayeurs
15 mai 1807 (Glarus) Bartholomaüs Stauffacher Voleur récidiviste
20 août 1812 Viuz-en-Sallaz (département du Léman, désormais Haute-Savoie, France) Étienne Baud-Berthier 15 juin 1812
vers le 17 mars 1813 Genève François Perron
1817 (Nidwald) Franz Joseph Reesli Cambriolage et maltraitance domestique sur ses enfants. Dernière exécution dans le canton d'Unterwald. 26 avril 1817
04 août 1819 10h30 Bâle Xaver Herrmann, Ferdinand Deissler et Jakob Föller Au cours d'un cambriolage, commettent un assassinat et mettent le feu à la maison. Environ 20.000 spectateurs à la porte de Steinen. Dernière exécution dans le canton de Bâle-Ville.
1832 (Fribourg) Hans Joseph Incendie la maison de son frère. 06 octobre 1832
1832 Altdorf (Uri) ?
11 juillet 1833 Altdorf (Uri) Anton Zurfluh
27 juin 1834 Neuchâtel Charles Reymonda 57 ans, fermier. Tua son colocataire François Isoz en avril 1832. Dernière exécution dans le canton de Neuchâtel.
02 décembre 1835 Courtelary (Berne) David-François Fête 33 ans. Assassine dans la nuit du 20 au 21 février 1835 à Tramelan Marianne-Florentine Voumard, sa maîtresse, enceinte de lui, et qu'il n'avait pas l'intention d'épouser. Premier arrêt cassé, condamnation confirmée en seconde instance 19 septembre 1835, 28 octobre 1835
1836 (Glarus) Rudolph Michel Cordonnier. Meurtre et vol. Dernière exécution dans le canton de Glarus 24 novembre 1836
04 mai 1839 Schwytz (Schwytz) Hieronymus Kessler 23 ans. Double meurtre avec vol 1839
10 février 1842 Sion (Valais) Marie-Thérèse Seppey, veuve Frapier, Barthélémy Joris et François Rey Assassinèrent Nicolas Franier, le mari de Marie-Thérèse qui est aussi condamnée pour tentative d'empoisonnement et avortement.
29 novembre 1843 (Saint-Gall) Peter Waser Son épouse Maria Anna Hardegger et Maria Anne Wasser, épouse Lehneherr, condamnées à mort, sont graciées. Dernière exécution dans le canton de Saint-Gall. 09 novembre 1843
11 ou 22 juillet 1844 Altdorf (Uri) Andreas Dittli
05 juillet 1845 Courtelary (Berne) Jean Jossi 21 ans, ouvrier bûcheron. Le 21 novembre 1844, près de Saint-Imier, tue à coups de gourdin son patron, Daniel Schenk, 50 ans, pour lui voler 90 francs et une montre. 07 juin 1845
juillet 1845 Zurich Heinrich Sennhauser et Jacob Lattmann
1846 Coire (Grisons) Johannes Reit Viola sa fille et tue à la naissance l'enfant né de leur inceste.
17 octobre 1846 Sarnen (Obwald) Franz Burch-Amrhein et Joseph Anton Amrhein Assassinèrent leur beau-père et père Eugen Amrhein le 07 juillet 1846.
1847 Zoug Jost Schanz Incendie volontaire
23 juillet 1847 Schaffhouse Johann Schilling 34 ans, boulanger. Empoisonna à l'arsenic à Löhningen son épouse Elizabeth le 23 janvier 1847, arrêté pour ce crime le 20 mars. Dernière exécution dans le canton de Schaffhouse 14 juillet 1847
1847 (Grisons) Le 1er octobre 1847, tue sa maîtresse enceinte de lui pour lui dérober une montre et deux florins. Dernière exécution dans le canton des Grisons 30 octobre 1847
03 décembre 1849 Appenzell (Appenzell Rhodes Intérieures) Anna Koch 18 ans. Par jalousie, tue le 07 juin 1849 Magdalena Fässler, la nouvelle maîtresse de son ex-compagnon Johann Baptist Mazenauer, et s'arrange pour faire accuser ce dernier. Mazenauer est violemment torturé pour obtenir des aveux qu'il ne donnera pas : il en restera handicapé.
11 juin 1850 Genève Louis Frédéric Richard Tua par vengeance Jean-François Borel, propriétaire au Pommier, au Grand-Saconnex. Touché par la bonté de son avocat, fait la veille de l'exécution l'aveu de son crime qu'il avait toujours nié jusqu'alors. mai 1850
15 octobre 1851 Liestal (Bâle-Campagne) Hyanzint Bayer 29 ans. Pour assurer une vie aisée à sa compagne, tue un homme pour lui voler 36 francs. Dernière exécution dans le canton de Bâle-Campagne. 13 septembre 1851
11 décembre 1851 Porrentruy (Jura) Georges-Frédéric Gilliotte Scieur. En mars 1851, à Fahy, assassine pour le voler le cabaretier Jean-Pierre Varrin. Condamné par le tribunal criminel de Berne. Echafaud dressé chemin de la Haute-Fin, près de la croix. 27 octobre 1851
10 février 1852 Altdorf (Uri) Kaspar Wolleb et Karl-Franz Wolleb Assassins de leur tante pour la voler
13 décembre 1853 Mardi, 11h15 Avenches (Vaud) Samuel Schaller Exécuté place de Gravenau. 18 novembre 1853
24 mai 1854 Mercredi, 5h10 Lenzburg (Argovie) Bernhard Matter 33 ans, considéré comme le "Robin des Bois" suisse. 07 mai 1854
29 novembre 1854 Frauenfeld (Thurgovie) Jakob Hungerbühler 24 ans. Meurtre de Joseph Anton Kessler et vol Dernière exécution dans le canton de Thurgovie 1854
17 février 1855 Samedi, 7h04 Soleure (Soleure) Urs Josef Schenker PARRICIDE, 28 ans. Assomme et étrangle son père Johann Schenker, âgé de 70 ans, le 26 octobre 1854 à Fulenbach. Sa mère Anna-Maria, 50 ans, est condamnée à de la prison pour complicité. Son frère Stephan, 24 ans, est acquitté. Prévenu la veille dans l'après-midi. Quitte la prison et durant le trajet ne cesse de crier : "Aujourd'hui, j'expie ! Bonnes gens, priez pour moi !" Exécuteur : Samuel Huber, de Berne, faute d'un exécuteur local. Dernière exécution dans le canton de Soleure. 12 février 1855
1855 ou 1857 (Tessin) Bernardo Bernasconi Dernière exécution dans le canton du Tessin 06 mai 1857 ?
04 avril 1856 Aarwangen (Berne) Johannes Bösiger 21 ans, cordonnier.
05 avril 1856 Berne Peter Henzi 35 ans.
25 mai 1861 Samedi Genève Claude "L'Espagnol" Vary Triple assassinat d'un homme, d'une femme et d'un enfant. Première exécution genevoise depuis 11 ans. Machine montée place Neuve devant 10.000 personnes. Peu coopératif, le condamné, un colosse, provoque par ses mouvements une chute prématurée du couperet, qui lui sectionne le crâne au niveau des sourcils, le tuant instantanément, et manquant trancher les mains du bourreau Jacob Mengis. Ce dernier s'adresse depuis la plate-forme aux magistrats présents : "Faut-il couper plus bas ?". On en restera là. Les exécuteurs seront sifflés et recevront des menaces de mort en quittant les lieux. 08 mai 1861
07 juin 1861 Büren (Berne) Louis-Adolphe Bellenot Meurtre
12 juin 1861 Altdorf (Uri) Kaspar Zurflüh Tua sa fiancée enceinte
08 juillet 1861 Langnau (Berne) Jacob Wyssler, Verena Wyssler, Samuel Krähenbühl et Jacob Stucki 40 ans, cordonnier, 43 ans, ménagère, 25 ans, domestique et 27 ans, agriculteur. Assassinent à coups de marteau Andreas Schlatter, 47 ans, berger, le 15 février 1861 à Signau pour ne pas avoir à rembourser l'argent qu'ils lui devaient. 15.000 personnes présentes 13 juin 1861
07 septembre 1861 Délémont (Jura) Jean-Baptiste Guéniat et Geneviève Petermann, épouse Guéniat 35 et 38 ans. Double assassinat et vol.
09 décembre 1861 Berne Johann Kläntschi 32 ans. Meurtre. Dernière exécution dans le canton de Berne. 30 août 1861
24 avril 1862 6h Genève Maurice Elcy 21 ans. Assassine dans la nuit du 20 au 21 octobre 1861 à Genève l'horloger Jean-Jacques Favre-Chanter, 43 ans, de treize coups de canne-épée pour lui voler deux montres et un médaillon en or, avant de le laisser agoniser sur le fossé. Il avoue le crime, prétextant des propositions indécentes de la part de la victime, mais nie le vol (le vol, circonstance aggravante, équivaut à la peine capitale). Va à l'échafaud assez courageusement. Environ 10.000 personnes place Neuve. Dernière exécution à Genève (peine abolie en 1871 dans ce canton). 26 mars 1862
01 juillet 1862 Trogen (Appenzell Rhodes-Extérieures) Johann Ulrich Schlaepfer 41 ans, boucher, ivrogne et sans le sou. Le 14 mai 1862, à Speicherer, tue à coups de stylet le cultivateur Bartholome Zürcher, et fracture un coffre à coups de hache pour voler 34.60 francs. Dernière exécution en Appenzell Rhodes Extérieures
27 novembre 1863 Aarau (Argovie) Joseph Jakob Felber 27 ans. Assassin de Johann Huber. Dernière exécution dans le canton d'Argovie. 05 novembre 1863
10 mai 1865 4h40 Zurich Heinrich Gotti 37 ans, employé dans une filature de coton. Empoisonna son septième enfant nouveau-né à l'eau-forte à Adlisweil le 13 février 1865. Le lendemain de son procès, il avoue au directeur de la prison qu'il a également empoisonné les six enfants qu'il avait eus avec son épouse depuis 1849 ! Averti la veille, s'écrie, horrifié : "Oh mon Dieu !" Quitte la prison peu après 4h pour un trajet d'une demi-heure, n'arrête pas de pleurer, de gémir et de murmurer des paroles dépourvues de sens. Doit être traîné sur l'échafaud, dressé sur l'actuelle place de la gare. Environ 15.000 personnes présentes, rendant le trajet difficile. 29 avril 1865
06 juillet 1867 9h Lucerne Niklaus Emmenegger Tua sur la Rüchi-Alp Jacob Schnyder, berger, pour le voler. Impassible jusqu'au bout, se dit innocent et réclame un confesseur. 01 juillet 1867
10 janvier 1868 Vendredi, 10h45 Moudon (Vaud) Héli Freymond 25 ans, agriculteur. Amant de sa cousine Louise Freymond depuis 1863 - elle a alors 16 ans -, marié en 1866 à Elise Olivier par intérêt financier, l'empoisonne l'année suivante avec du taupicide à l'arsenic mélangé à des bonbons puis à de la soupe, causant d'abord la mort de l'enfant qu'elle porte, puis son décès, le 23 mai 1867, lequel est attribué à sa santé connue pour être fragile. Veuf, courtise sa belle-soeur Méry, suivant les mêmes calculs intéréssés. Jean Mettraux, le fiancé de Méry, faisant obstacle, le 30 juin, Héli l'empoisonne à la strychnine, dissimulée dans du pain, lors d'un voyage à Lausanne. Abandonne la victime mourante sur le bord de la route non sans lui avoir vidé les poches et volé son argent. Un passant retrouve Mettraux et parvient à le sauver de justesse, le lendemain à l'aube. Louise, complice, est condamnée à vingt ans de réclusion. Les autorités arrivent à la prison à 9h. Freymond a dormi de 1h à 3h, puis de 4h à 6h très correctement. Quitte la prison à 10h15, après avoir bu deux verres de vin, et prend la route qui mène à l'échafaud à pied, précédé par le bourreau Vincent Grosholtz en manteau rouge et tricorne. Echafaud dressé sur les berges de la Broye, en aval de la ville. 15 à 20.000 personnes présentes. Au pied de l'échafaud, retarde l'échéance et embrasse les gendarmes. Seul, Freymond monte l'escalier et se place debout devant la chaise. Le pasteur va pour prier à nouveau, mais le bourreau lui fait signe de reculer car il est temps. Freymond est assis sur la chaise, mains liés dans le dos, col de la chemise détaché, les yeux bandés. Un aide lui tient la tête droite par les cheveux, et après deux mouvements de balancier, décapite d'un seul coup de glaive le condamné. La tête est montrée à la foule, puis jetée dans le sciure au sol. Dernière exécution dans le canton de Vaud et dernière décapitation à l'épée en Suisse. Plus d'exécution en Suisse avant 1892. 16 novembre 1867
18 mars 1892 Vendredi, 9h15 Lucerne Ferdinand Gatti 25 ans, maçon, Italien. Un soir de décembre 1890, étrangle Margeritha Dagen, jeune institutrice de Lucerne pour la violer, mutile ses parties génitales puis la vole. Dort jusqu'à 1 heure du matin. Se réveille, veut s'habiller. Est prié de se rendormir. A 3 heures, reçoit du marsala. Communie, entend la messe du chapelain Bianchetti. Pleure, puis se résigne. Arrivée des autorités à 8h30. Conduit à la salle des interrogatoires peu avant 9h, soutenu par l'abbé Bianchetti et un sergent de la gendarmerie. Pâle, calme, entend la lecture de la sentence en allemand, puis en italien. Embrasse plusieurs fois le crucifix et en allemand, demande pardon à toutes les personnes présentes. Les yeux bandés, est guidé dans le couloir, puis dans la cour : environ une centaine de pas à faire pour atteindre la guillotine. En route, ses jambes tremblent et il crie : "Non voglio morire !" L'aumônier l'apaise en l'embrassant et en lui faisant réciter des prières. Attaché devant la machine, elle-même dressée sous un préau de bois, par le bourreau Mengis, et basculé tout en répétant à haute voix : "Gesu, Maria, adjutate me". Foule à l'extérieur de la prison : accès au Gütsch, qui surplombe la maison d'arrêt, fermé. 12 février 1892
31 octobre 1893 Mardi, 9h15 Lucerne Johann Keller 23 ans, agriculteur. Dans la nuit du 21 au 22 avril 1893, à Buron, fracasse à coups de marteau le crâne de Marie Naef, 21 ans, domestique chez ses parents, qui était devenu sa maîtresse et qui, enceinte de lui, était un obstacle à son futur mariage. Après quoi, mit le feu à sa propre maison pour cacher son crime. Tente de s'évader de prison le 06 mai, simule la folie. Après sa condamnation, le 24 septembre, tente de s'évader en assommant son gardien à coups de cruche, puis, se sachant perdu, tente de s'égorger avec un couteau. Nuit paisible, réveillé à cinq heures par un père capucin. Le côteau dominant la prison est noir de monde, mais un voile suspendu le long du hangar où est dressée la guillotine empêche tout voyeurisme. Va courageusement à la mort. 21 juillet 1893
22 mai 1894 Mardi, 3h Schwytz Dominik Abegg 48 ans, journalier. Suspecté d'avoie, le 13 décembre 1874 sur la route de Baech à Wollerau, assassiné la messagère Josepha Kümin pour la voler. Acquitté le 17 mars 1875. Le 14 mars 1894, à Einsiedeln, viole et égorge sa fille Hermine, 17 ans, puis cache le corps dans une forêt voisine où il est retrouvé le 16 mars. Trois jours après le verdict, Abegg avoue le crime de 1874. Conduit hors de la prison centrale dans une prairie, délimitée par une clôture en planches, encadré par deux prêtres tenant chacun un cierge allumé. Très calme, le visage voilé, va à la mort en récitant un chapelet. Peu de monde présent, les gens pensant que l'exécution aurait lieu plus tard. 26 avril 1894
01 août 1902 Vendredi, 4h35 Fribourg Etienne Chatton 27 ans. Tue, le 1er décembre 1901 à Neyruz, sa cousine Louise Mettraux, 17 ans, à coups de hache pour voler l'argent de la ferme, soit 309 francs, pendant que la famille assistait à la messe. Abandonne sa victime encore en vie une hache plantée dans le front. Elle succombe la nuit suivante. Arrêté à Lausanne le 3 décembre pour un cambriolage. Le 1er août étant fête nationale, hésitation quant à l'opportunité de guillotiner Chatton. Orage violent qui retarde l'exécution. Apprend la nouvelle de la bouche du curé Brasey vers 2h30. Se montre résigné, demande plusieurs fois pardon à la victime et à sa famille. Entend la messe à la chapelle, communie. Face aux larmes du prêtre, remarque : "Pourquoi pleurez-vous ? Ne suis-je pas heureux de mourir ainsi ?" Arrive dans la cour de la prison des Augustins, les yeux bandés depuis la cellule du second étage, guidé par trois prêtres ayant passé la nuit à prier à ses côtés. Quand le bourreau Theodor Mengis le saisit, il se débat, et demande à parler, ce qui lui est accordé : "Je demande pardon à Dieu et aux hommes, je me repens de mon crime. Et si quelqu'un a besoin de mon pardon, je le lui accorde de mon coeur." Avant d'être basculé, gémit "Mon Dieu, ayez pitié de moi ! Ayez pi..." 22 janvier 1902
02 mai 1910 Lundi, 9h Lucerne Matthias Muff 35 ans, marchand de porcs, endetté. Le 21 décembre 1909, dans une ferme isolée de Ruswil, assassine M. Bisang, son épouse et leurs deux serviteurs, vole 11344 francs et met le feu à la maison, manquant tuer les dix autres occupants (trois adultes, sept enfants) qui s'y trouvaient. Refusa de signer son recours en grâce. Ecrit une dernière lettre à son épouse pour lui demander pardon du chagrin et de la honte à laquelle il les a voués, elle et leurs enfants. Exécuté dans la cour de la prison, dans un angle interdisant à quiconque, même aux riverains, d'y assister : seuls une vingtaine de personnes voient mourir Muff. 06 avril 1910
20 janvier 1915 Mercredi, 9h10 Lucerne Anselme Wütschert 33 ans, ouvrier agricole. Connu comme pervers sexuel. Le 16 mai 1914, égorge à coups de ciseaux Emilie Furrer, femme de ménage, 22 ans, dans une forêt près de Krummbach, parce que la jeune femme, très pieuse, se refusait à lui, puis abuse du cadavre. Wutschert est sorti de sa cellule à 9 heures. Après avoir reçu l'information, a les yeux bandés. Conduit par l'aumônier à l'échafaud, exécution rapide. 07 novembre 1914
29 octobre 1924 Mercredi, 6h50 Altdorf (Uri) Clément Bernet 44 ans, menuisier. Déjà condamné à dix-sept reprises, déjà purgé quinze ans de prison. Libéré le 30 août 1924. Assassine Joséphine Scheiber de 15 ans, le 31 août 1924 à Schattdorf, qui le surprend en plein cambriolage. Il l'étouffe, frappe à coups de poings et poignarde avec un canif avant de lui voler 350 francs. Avait refusé de signer son recours en grâce. Averti deux jours avant l'exécution. Courageux, repentant, demande quand on le conduit à l'échafaud qu'on lui retire sa cagoule en disant : "Ma victime a vu la mort les yeux ouverts. Comme elle, je veux la voir de mes yeux." Puis, fixant le couperet, dit aux assistants : "Vous avez devant vous un meurtrier qui, durant toute sa vie, n'a commis que des crimes. Je suis heureux de mourir. Ici, à la dernière heure, j'ai appris à aimer Dieu. Je demande pardon à la famille de ma victime et je pardonne aux hommes de me faire mourir. Dieu m'a sauvé, j'entre dans l'éternité." Se laisse basculer sans broncher. Bourreau : Hans Bachmann, mécanicien à Oerlikon. Aides : Lanz et Grossholz. 18 octobre 1924
25 août 1939 Vendredi, 4h45 Zoug Paul Irniger 25 ans, charpentier. Abat d'une balle de pistolet dans la nuque, le 05 décembre 1933, Werner Kessler, chauffeur de taxi, dans une forêt près de Baar, pour lui voler 60 francs. Arrêté, évadé, réfugié à Rapperswil sous l'identité d'un représentant en aspirateurs, il commet un cambriolage chez un opticien de Lachen. Éveillant les soupçons en essayant de revendre une jumelle à un opticien de Rapperswil, le 09 août 1937, il abat de quatre balles le gendarme Alphonse Kellenberger, âgé d'une trentaine d'années, qui venait de l'appréhender, puis, dans sa fuite, blesse mortellement d'une autre balle le chauffeur Joseph Döbeli qui s'était lui aussi lancé à sa poursuite. Condamné en première instance par les assises du canton de Saint-Gall pour les crimes de Rapperswil, il est gracié le 11 mai 1938, sa peine commuée en peine perpétuelle. Conduit à la cour est de la prison, les yeux non bandés à sa demande. Lié sur la bascule, lève la tête et crie "Loué soit Jésus-Christ !" Le bourreau, Arthur X., était un portier choisi parmi 75 bénévoles, qui devient fou suite à l'exécution et meurt à l'asile en 1960. 1er mai 1938, 15 juillet 1939
18 octobre 1940 Vendredi, 1h55 Sarnen (Obwald) Hans Vollenweider 32 ans, repris de justice, déjà condamné pour exhibitionnisme, enlèvement et braquages. Evadé le 4 juin 1939 d'une prison proche de Zurich. Le 15 juin, dans la forêt de Baar, abat d'une balle dans le dos Herman Zwyssig, 27 ans, chauffeur de taxi, pour lui voler ses papiers d'identité, avant de jeter son corps lesté dans le lac de Zoug. Le 20, tue de la même façon Emil Stoll, facteur, pour lui voler son porte feuille. Réfugié sous son faux nom comme portier à l'hôtel Engel de Sachseln, abat le 23 juin le policier Aloïs Von Moos venu l'arrêter suite à la découverte d'une chemise ensanglantée, avant d'être mis hors d'état de nuire par l'hôtelier et ses collègues. Dernière exécution prononcée par la justice civile. Ultime emploi de la guillotine en Suisse. Devait être exécuté par le bourreau Mengis, mais celui-ci fut retenu par ses camarades à son métier de cheminot. 19 septembre 1940


back top top