FRANCE

1793-1948

Les têtes qui tombent

Palmarès des exécutions au Luxembourg (1793-1948)

Nicolas Bernardy, le dernier supplicié de droit commun du Luxembourg.

La guillotine de Luxembourg - photo de Christian Ries.

1795 : à la suite d'une révolution née à Bruxelles contre l'empereur Joseph II d'Autriche, alors souverain des territoires de l'actuelle Belgique et Luxembourg, la République Française s'établit sur place, faisant des anciennes possessions autrichiennes des départements. En lieu et place du Luxembourg - ou du moins pour les 2/3 du grand-duché, on trouve le "département des Fôrets", le reste étant réparti soit dans le département voisin de l'Ourthe, soit en Sambre-et-Meuse. Cette division prendra fin avec la chute de l'Empire en 1814. Mais ce n'est pas encore l'heure de l'indépendance : le traité de Vienne de 1815 cède le Luxembourg au royaume des Pays-Bas. Le roi Guillaume 1er en devient le grand-duc, tout en laissant le pays devenir un état-membre de la Confédération germanique... Un statut compliqué et variable qui le met volontiers en butte aux envies de conquêtes des pays voisins.

Judiciairement parlant, à compter de la domination française du Directoire, le Luxembourg suivra la loi comme tout autre département français, et adoptera le code pénal né sous l'Empire. De ce fait, elle faisait de la guillotine l'outil d'exécution capitale pour crimes de droit commun. Un texte relate que de 1798 à 1821, quarante-quatre condamnations à mort furent prononcées dans le Luxembourg : sur celles-ci, vingt-neuf, prononcées pour des motifs politiques, s'achevèrent par l'exécution des condamnés par fusillade. Les quinze autres furent confiés à Spirkel, l'exécuteur des hautes oeuvres (dont trois seulement après 1814).

C'est le 08 février 1792 que Nicolas Pierre Spirkel prend ses fonctions à Luxembourg, héritant pour l'occasion d'une maison à Bisserweg, plus précisément sur Henkesch'gâss (la rue du bourreau), laquelle sert d'hébergement aux exécuteurs depuis son achat en 1629 par le bourreau Jacob Karpf. Par les alliances successives, l'endroit abrita les Schwind, puis ses Volmaar (orthographiés parfois Folmar), des Back et des Wagner. La maison fut finalement vendue après 1824 à l'orphelinat voisin. Trois candidats s'étaient alors proposés suite au décès de Friedrich Volmar : Nicolas Wagener, Anton Klein et Spirkel, beau-frère du défunt. Ce dernier emportera le poste en se proposant d'assister financièrement ses neuf neveux et nièces orphelins. Ce geste de générosité laissera perplexe les autorités, qui le sommeront d'en faire état officiellement devant un notaire. Spirkel tiendra parole : le dernier exécuteur du pays, dernier à pendre - en 1793 - et à employer la guillotine, consacrera une partie de ses finances à l'aide de la famille de son prédécesseur. Son fils et adjoint conservera jusqu'en 1880 son salaire d'aide-exécuteur, bien que le titre ne soit désormais plus qu'honorifique, son rôle de tourmenteur ayant pris fin avec la loi de 1879 abolissant l'utilisation du pilori (installé, comme l'échafaud des exécutions autrefois, sur la place du marché aux poissons - voir image ci-dessous), mais l'obligeant parfois, sur cette même place, à afficher au poteau les arrêts contumatiaux, en une bizarre cérémonie effectuée entre 11h et midi sous la vigilance de deux gendarmes (fait aboli par la loi du 29 janvier 1890).

A compter de 1822, les condamnations de droit commun prononcées par des assises seront systématiquement suivie d'une grâce du Grand-Duc, commuant la peine de mort en travaux forcés à perpétuité. Les condamnations sont relativement peu fréquentes : à peine dix-huit entre 1863 et 1879.

En 1879, l'adoption d'un nouveau code pénal (stipulant que la peine de mort par décapitation n'est que "la simple privation de la vie, effectuée sur la place publique") rend la peine de mort encore plus rare : la sentence suprême n'est prononcée que trois fois entre 1879 et 1900. Un article du "d'Letzeburger Land" du 04 février 1977 dit même qu'elles seraient les trois seules condamnations de droit commun de 1879... à 1945 ! Un autre article du 10 juin 1960 (et sans doute erroné) parle de 10 condamnations suprêmes prononcées entre 1839 et 1959 : deux pour assassinat, quatre pour assassinat et vol, trois pour meurtre, un pour parricide...

Après de longues années de tergiversations, la loi du 02 avril 1948 change la donne de la peine de mort :
"Art. 1er. L’art. 8 du Code pénal est abrogé et remplacé par les dispositions suivantes: Tout condamné à mort sera fusillé.
Art. 2. L’art. 9 du Code pénal est abrogé et remplacé par les dispositions suivantes :
L’exécution se fera soit dans l’enceinte de la prison qui sera indiquée par l’arrêt de condamnation soit en tout autre endroit à désigner par arrêté du Ministre de la Justice.
La condamnation sera exécutée en présence du procureur général ou d’un membre du parquet à désigner par lui, du greffier de la Cour d’assises, de l’administrateur et du médecin de la prison, du commandant de la gendarmerie. Auront le droit d’assister à l’exécution, les défenseurs du condamné, l’aumônier de la prison, les ministres du culte dont le condamné aura réclamé ou admis l’assistance.
Le parquet général ainsi que les bourgmestres des localités à laquelle le condamné appartenait, où le crime a été commis et où l’arrêt sera exécuté, pourront distribuer chacun six autorisations spéciales au plus pour assister à l’exécution.
L’arrêt qui portera la peine de mort sera imprimé par extrait et affiché dans les trois communes indiquées ci-dessus; l’affiche indiquera le jour et l’heure de l’exécution.
Le procès verbal de l’exécution sera également imprimé par extrait et affiché dans les mêmes communes."


Un érudit, Armand Simon, affirma qu'en fait, cette décision de supprimer l'usage de la guillotine avait été décidée... car les législateurs n'avaient pas pu se mettre d'accord sur la question des gages et des frais de déplacement d'un exécuteur des arrêts criminels ! Cette loi ne sera appliquée qu'une seule et dernière fois quelques mois plus tard. La dernière exécution du grand-duché aura lieu le 24 février 1949, suite à une condamnation prononcée par une cour de justice.

Ce n'est au final que le 17 mai 1979, via un vote de la Chambre des Députés, et grâce à trois années d'efforts de la part du ministre de la Justice Robert Krieps (1922-1990), que le projet de loi 2199 abolissant la peine capitale sera officiellement adpoté dans le Grand-Duché. Suite à une décision du Conseil d'État le 29 mai précisant qu'il n'est pas nécessaire de procéder à un second vote en la matière, la loi ratifiée par le Grand-Duc Jean devient effective le 20 juin suivant. Le premier article consiste en cet amendement :

"Art. 1er.
La peine de mort est abolie en toute matière et remplacée par la peine immédiatement inférieure jusqu'à ce qu'il soit statué par une loi nouvelle."


La guillotine, conservée aux Trois Tours tout au long du XXe siècle et confiée aux soins du Musée National, sera finalement montrée au public en 2009, dans le cadre d'une exposition consacrée aux crimes, avant d'être placée en exposition permanente à compter de 2012. Elle reste l'un des rares modèles de la guillotine modèle Schmidt 1792 encore existant.

Date Heure Lieu Nom Crime Exécution Condamnation
02 août 1793 Larochette (Fiels) Mathias Zimmer Journalier. Le 07 avril 1793, à Medernach, entre par effraction chez ses employeurs, les Klein, et fracture l'armoire pour y voler 225 pièces d'or, 150 thalers d'argent et des ducats. Dernière exécution par pendaison, dernière exécution avant l'annexion de 1795. 26 juillet 1793
1795 Veruertelte ?
24 septembre 1798 Premier usage de la guillotine à Luxembourg même ?
08 janvier 1799 Luxembourg Jean Girres, Nicolas Reuland, Jean Reuland, Anton Lorain, Bernard Forius, Nicolas Reiffer et Nicolas Lorenz 43 ans, cultivateur, 19 ans, 23 ans, 24 ans, fermier, 19 ans, menuisier, 56 ans, domestique et 27 ans, couvreur. Membres des "Klëppelmänner", ayant participté aux révoltes de Clervaux, arrêtés le 30 octobre 1798. Condamnés par un tribunal militaire. Fusillés.
26 février 1799 Luxembourg Johann Theis, Simon Lux, Michel Tackes, Dominik Probst, Johann Krantz, Michel Merkes, Joseph Lux, Jean Görrens et Pierre Richards Membres des "Klëppelmänner", ayant participté aux révoltes d'Arzfeld, arrêtés le 30 octobre 1798. Condamnés par un tribunal militaire.
07 mars 1799 Luxembourg Mathias Willems, Wilhelm Schröder, Johann Heinz, Johann Thomas, Johann Becker, Mathias Leibfried, Bartholomäus Lux, Theodor Clomes, Karl Bormann, Leonard Thielen et Johann Theisgen 28 ans, 45 ans, 36 ans, 41 ans, 36 ans, fermier, 55 ans, cloutier, 44 ans, cordonnier, 39 ans, 32 ans, maçon, 33 ans, fermier et 35 ans. Membres des "Klëppelmänner", ayant participté aux révoltes d'Arzfeld, arrêtés le 30 octobre 1798. Condamnés par un tribunal militaire. Pour l'une des exécutions - sans doute la dernière - le couperet tua le condamné sans couper tout le cou : Spirkel dut terminer la section avec son couteau de poche.
20 avril 1799 Luxembourg Henri Leroy, Pierre Gillot, Jean-Baptiste Grégoire, Pierre Joseph Poncin, Gottfried Raymonde et François Dessois Domestique, fermier, maréchal-ferrant, garde-forestier, fermier et journalier. Prisonniers suite aux révoltes d'Amblève et de Neufchâteau. Condamnés par un tribunal militaire.
20 mai 1799 Luxembourg Michel Pintz 25 ans, berger à Asselborn. Participe à l'assassinat de deux gendarmes français à Asselborn. Son complice Jean Wesard, 17 ans, est gracié. Condamné par un tribunal militaire.
08 septembre 1804 Luxembourg Jacques Bernard de Mogères 43 ans, ancien curé de Mogues. Devenu prêtre assermenté, puis apostat, pille l'abbaye d'Orval où il a été formé. Accusé du meurtre de Catherine Evrard, bénéficie d'un non-lieu par le tribunal de la Moselle. En 1800, séduit à Metz Suzanne Dudot, femme du concierge des prisons. Suzanne est retrouvée assassinée le 21 juin 1800 dans les bois, à proximité de l'ancienne abbaye d'Orval. Exécuté au marché aux poissons.
17 septembre 1811 Luxembourg Henry Joseph Cornelis et Joseph Nicolas Cornelis Condamnés à Metz (?) 19 mai 1811
18 octobre 1816 Luxembourg Emanuel Hauser et Jacques Abraham Schwartz A Luxembourg, dans la nuit du 17 au 18 avril 1816, au cours d'un cambriolage, assassinent Anne-Marie Virot, veuve Trausch, et ses trois enfants, Pétronille, Pierre et Louis pour les voler. 07 septembre 1816
20 février 1821 Luxembourg François Hilbert (ou Franz Blasius ?) 33 ans, meunier à Schraassig. Tua sa femme Marguerite Kunsch le 14 mars 1820 en lui broyant la tête sous la meule de son moulin. Condamné à Liège. Exécuté au marché aux poissons 1820
07 août 1948 Samedi, Luxembourg Nicolas Bernardy 50 ans, vagabond, repris de justice. Assassine à coups de fusil le 21 juillet 1945 à la ferme du Windhof, près de Welscheid Johann Weyer, 78 ans, cultivateur, son épouse Susanne Gaspers, 71 ans, leur fils Mathias Weyer, 38 ans, et les domestiques Léonie Kolling, 18 ans et Josef Lucas, 17 ans. A part Lucas, tous ont été attachés sur des chaises et abattus dans le dos. Incertitude quant aux raisons véritables du crime : épuration (Weyer était Allemand) ou meurtre crapuleux ? Accusera tout au long Matthias Backes, légionnaire, d'avoir été le véritable assassin et lui un simple comparse. Fusillé au stand de tir de Reckenthal 04 mai 1948


Condamnation Lieu Nom Crime Décision
26 juillet 1845 Luxembourg Anne-Marguerite Wagener Infanticide à Brandebourg. Graciée.
07 novembre 1866 Luxembourg Marguerite Muller 19 ans. Vole des vêtements aux époux Weibel dans la nuit du 21 au 22 mai 1866 à Grevels, puis met le feu à la maison avant de s'enfuir. Exécution prévue à Diekirch. Graciée.
18 juin 1869 Luxembourg Pierre May, Guillaume May et Michel Mohnen Vol avec violences à Tuntange, dans la nuit du 26 au 27 novembre 1867. Jean-Pierre Gengler est acquitté, mais conservé en détention suite au crime de Waldbillig. Graciés le 17 septembre 1869
10 juillet 1869 Luxembourg Jean-Pierre Gillen, Michel Mohnen, Nicolas May, Guillaume May et Jean-Pierre Gengler 27 ans, vitrier, journalier, 17 ans, vannier, vannier et journalier. Dans la nuit du 15 au 16 décembre 1868, attaquent la maison de M.Schröder, curé de Waldbillig, en blessant gravement la domestique Mlle Schubert au visage d'un coup de pistolet, avant d'emporter 1000 francs en pièces de 1 et 2 thalers, ainsi que 24 francs en menue monnaie. Michel Schultz est ? Graciés le 17 septembre 1869. En 1877, un des quatre autres condamnés mourant fait l'aveu du crime... et disculpe totalement Gillen, qu'ils ne connaissaient pas ! Ce dernier, aussitôt remis en liberté, exige la révision de son procès.
13 juillet 1869 Luxembourg - Conseil de guerre J-P Rettinger (ou Rittinger) 20 ans, milicien. Tue à coups de hache début 1869 Jean-Baptiste Laplume, 71 ans, curé de Hostert, en l'attirant de nuit à l'extérieur pour lui voler sa bourse (crime commis au niveau de la rue Helenter à Rameldange). Mobile : six mois auparavant, Rettinger avait réparé la porte de la sacristie, et au lieu de lui payer 10 francs, le prêtre l'avait incité à adresser son règlement au bourgmestre de Niederanven. Gracié le 17 septembre 1869
05 avril 1870 Luxembourg N. Glaesener 22 ans. Tenta de tuer Mme Clément à Nospelt pour la voler. Gracié.
05 juillet 1881 Luxembourg Anna Heiderscheid, veuve Stomp Graciée le 07 septembre 1881
05 juin 1893 Luxembourg Jean Muller Gracié le 15 novembre 1893
11 juillet 1899 Luxembourg Pierre Stecker Gracié le 23 décembre 1899
février 1958 Luxembourg Gracié le 30 mai 1958




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