LOUIS ANTOINE STANISLAS DEIBLER


EXECUTEUR EN CHEF DES ARRETS CRIMINELS (1879-1899)


Informations basiques

Date de naissance: 1823
Lieu de naissance: Dijon (Côte-d'Or)
Date de décès: 1904
Lieu de décès: Paris (75)
Père: Josef Anton Deubler (1792-1874)
Mère: Marguerite Boyer
Frères et soeurs:
Epouse: ()
Enfants: Aucun
Signes distinctifs:
Caractère:
Carrière:
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Biographie:

La genèse française de la famille Deibler remonte au Premier Empire. Après la chute de Napoléon 1er, le grognard allemand Josef Anton Deubler avait préféré résider en France, après avoir fait la rencontre d’une charmante petite française nommée Marguerite Boyer. Ils s’étaient installés dans l’Ain, où ils tenaient un petit estaminet et la vie s’écoulait paisiblement. Jusqu’au jour où Josef, qui avait désormais francisé son nom en « Joseph Deibler », fit plus ample connaissance avec un client très particulier. Il s’agissait de Claude Chrétien, l’exécuteur de Lyon, et celui-ci lui proposa de l’embaucher comme aide. Joseph accepta. Après deux années de service, Chrétien le mit en contact avec le bourreau de Dijon, Louis Antoine Stanislas Desmorest, qui était à la recherche d’un aide. C’est à Dijon que, le 12 février 1823, Joseph et Marguerite accueillirent au monde leur premier héritier, qu’ils baptisèrent comme le patron dijonnais : Louis Antoine Stanislas. Du genre « bourreau errant », Joseph occupa les postes d’aide à Saintes, puis à Evreux et à Gap, et en 1836, celui de chef à St-Flour en 1834, puis à Rennes en 1853. Son fils, Louis Deibler, qui avait appris le métier d’ébéniste, débuta dans les années 1850 comme aide à Alger, d’abord sous Nicolas Wolf, puis sous Antoine Rasseneux, dont il épousa la fille, Zoé, en 1858. En 1861, après la naissance d’une petite Berthe-Hélène, il revint en métropole à Rennes, auprès de son père, auquel il succède en 1863. La même année naît le petit Anatole Joseph François. Les trois enfants suivants ne survécurent malheureusement pas. Le 24 juillet 1871, Louis est nommé adjoint de France à Paris, avant d’accéder aux responsabilités suprêmes neuf ans plus tard, le 15 mai 1879, trois semaines après la mort de Nicolas Roch.

L’année 1879 est chiche : trois têtes à peine. La première tombe quatre jours après la nomination du nouveau bourreau. On se rend vite compte de la différence entre Roch et son successeur. Deibler ne paraît pas sûr de lui, il n’a pas le coup de main de Roch qui, pour lier les condamnés, utilisait une seule longue corde qui ficelait à la fois chevilles et poignets. Le nouvel exécuteur, lui, emploie plusieurs cordes d’inégales longueurs et serre trop fort. Mais c’est à la vitesse de l’exécution qu’on juge du talent du bourreau, et là, les journaux sont sans concession : « Roch était rapide, même un peu brutal. Deibler est lent, trop lent. » Lors de sa première exécution, celle du triple parricide Laprade, à Agen, le 19 mai, le condamné, un colosse de 20 ans, refuse de se laisser faire et se débat tant qu’il choit au sol. Deibler lui prend la tête par les cheveux et le cogne le front au sol, l’assommant à demi. Les magistrats s’offusquent : « Qu’avez-vous fait ? » Deibler répond : « Je l’ai sonné. » L’exécution du parricide Chambe, à Saint-Rambert (Loire) le 10 septembre suivant, et celle du satyre Prunier, le 13 novembre à Beauvais, n’amélioreront pas cette image. Mais 1880 arrive, et avec elle, la première exécution parisienne de Deibler. Et le crime ayant été un des plus célèbres de l’époque, c’est certain, il y aura foule. Le condamné s’appelle Victor Prévost. Cet ancien « Cent-Gardes » a jeté le discrédit sur la police dont il faisait partie en commettant deux meurtres : celui d’un bijoutier, puis celui de sa maîtresse. Dans les deux cas, il avait dépecé les cadavres, mais la seconde fois, il s’était fait remarquer par une concierge alors qu’il se débarrassait d’un « morceau de viande » dans une bouche d’égout. Le 19 janvier 1880, dix ans jour pour jour après Troppmann, la tête de Prévost tombe place de la Roquette. Les Parisiens se font désormais leur opinion sur le bourreau : lent et maladroit. Malgré l’expérience qui lui reviendra au fur et à mesure, jamais Deibler ne se départira de cette réputation. L’exécution suivante, elle du satyre Louis Ménesclou, violeur et assassin d’une fillette, a également lieu à Paris, le 07 septembre. Au grand dam de Louis Deibler, elle confirme son image de bourreau gauche. Heureusement, pour fuir un peu la capitale, l’équipe est envoyée dix jours plus tard à Angoulême pour le parricide Huort. Cet habitant de Cognac avait tué sa grand-mère en... lui arrachant la langue.

1881 : aucune exécution. 1882 : cinq exécutions. La première de l’année est encore celle d’un parricide, Pierre Lantz. L’homme avait commis son crime en Alsace, mais s’était fait arrêter en Seine-et-Oise. Les Prussiens n’ayant pas jugé nécessaire de s’encombrer de Lantz, ce fut à Versailles qu’on le jugea et qu’on l’exécuta. Louis Deibler surveille donc, le 31 mars, le montage de sa machine. Tout près de lui, il y a un jeune homme de 18 ans, aux cheveux blond-roux et aux yeux très clairs, qui observe la scène sans mot dire. C’est Anatole, le fils de Louis. C’est la première fois qu’il va assister à une exécution. Le souvenir qu’il en garde n’est pas franchement impérissable : la rapidité avec laquelle elle se déroule ne permet pas de se forger un avis quand à la question. Le jeune homme est un peu rétif à l’idée d’embrasser un jour la carrière paternelle. Mais il finit par se résigner en 1885, après son service militaire et part en « apprentissage » dans sa famille maternelle, les Rasseneux, exécuteurs en Algérie. Pendant ce temps, Louis continue son tour de France des exécutions. Le bourreau se rend à Reims, Montbrison, Tulle, St-Pierre les Calais, Bayeux, St-Omer... Trois têtes tombent en 1883, cinq en 1884, puis le chiffre remonte en 1885. Douze têtes cette année-là ! Après cela, le nombre d’exécutions reste stable : neuf têtes en 1886, neuf aussi en 1887, neuf en 1888, sept en 1889, huit en 1890. A l’automne 1890, un des aides, Eugène Etienne, décède. Anatole a l’opportunité de revenir en métropole et d’assister son père, ce qu’il fait. Il est nommé adjoint de seconde classe le 1er novembre 1890 et il procède à la 19e exécution de sa carrière à Paris, devant la prison de la Roquette, le 03 février suivant. C’est le businessman assassin Michel Eyraud qu’on punit ce matin-là. Père et fils vont pratiquer ensemble 78 exécutions. En 1894, ce catholique pratiquant vit la pénible expérience de décapiter un prêtre assassin, l’abbé Bruneau.

En 1897, après une exécution au cours de laquelle il reçoit un jet de sang en plein visage, Louis subit sa première crise d'hémophobie. Sa santé mentale dangereusement perturbée, il croit voir du sang sur ses mains et ne cesse de se laver convulsivement pour faire disparaître d’invisibles tâches rouges… En décembre 1898, Louis présente sa démission qui est acceptée. Toutefois, on le prie de se rendre à Bourg-en-Bresse pour aller guillotiner Joseph Vacher, « l’Eventreur du Sud-Est ». Cet assassin n’est pas n’importe qui : on l’a condamné pour 11 meurtres, on peut lui en imputer 18, et on le soupçonne au total de plus de 40 meurtres et agressions sexuelles sur des bergers et des bergères, des Ardennes au Languedoc ! L’homme, à la mesure de la folie qu’il avait manifestée à son procès, mourra lâchement à l’aube du 31 décembre, porté à l’horizontale par les aides après leur avoir dit qu’il refuse de marcher ! Le 02 janvier suivant, une lettre annonçant officiellement la cessation de fonctions de Louis et la promotion d’Anatole au rang d’exécuteur en chef parvient au domicile des Deibler, Le vieux Louis, ému aux larmes, en dira : « Ah mon fils, que voilà de jolies étrennes ! » Fort de plus de 400 têtes durant l’ensemble de sa carrière, dont 151 en tant qu’exécuteur en chef de France, atteint d’un cancer de la gorge, Louis s’éteindra au milieu des siens le 06 septembre 1904. Il avait 81 ans. Il est inhumé à Boulogne, dans le caveau familial.

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Successeur

ANATOLE DEIBLER
Exécuteur en chef des arrêts criminels (1899-1939)


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[Inspiré de la "FBI Most Wanted List"]