MONDE

1901

La Veuve du 7ème art

Moteur...Ca tourne...Coupez !

Très vite, depuis les premiers tournages des frères Lumière, on a tourné des films où la guillotine tenait une certaine place. Ainsi, en 1899, Ferdinand Zecca réalise "Histoire d'un crime". Ce film commence, comme son titre l'indique, par un meurtre, commis par un "apache". L'assassin est appréhendé, emprisonné, jugé, condamné à mort, et cela s'achève par une scène d'exécution capitale, très réussie. Réussie au point que certains cinémas censurèrent la scène, jugée trop choquante pour les femmes et les enfants.

Huit ans après, "Les Incendiaires" de Georges Méliès, montre à son tour, sur un mode plus burlesque, une scène de guillotine devant la prison (de la Roquette? de la Santé?)

Casque d'Or.

Peter Lorre, resté dans les mémoires pour son rôle de "M le Maudit", joua un autre personnage de dément dans "Les Mains d'Orlac". Ce fou, le chirurgien émérite Gogol, est amoureux d'une cantatrice, épouse du celèbre pianiste Orlac. Quand Orlac, victime d'un accident de voiture, perd ses deux mains, Gogol lui greffe les mains d'un assassin dont il est allé voir l'exécution. Orlac ne joue plus aussi bien du piano, mais lance le couteau avec l'adresse d'un artiste de cirque...

Le film comique de 1984 "Liberté, Egalité, Choucroute", de Jean Yanne, montre le calife de Bagdad, sous la Révolution, en visite à Paris pour acquérir le nouveau instrument de supplice...

Récemment, deux adaptations de livres montraient des exécutions : "Le Rouge et le Noir", avec Carole Bouquet (Mme de Rénal), et Kim Rossi Stuart (Julien Sorel) se termine sur l'exécution de Julien, très bien filmée. Et l'adaptation du "Comte de Monte-Cristo" par Josée Dayan compte également une scène de guillotine (troisième partie, premières minutes) : une femme est exécutée devant le procureur qui envoya Dantès au château d'If...

Le célèbre réalisateur yougoslave Emir Kusturica est guillotiné dans "La Veuve de St-Pierre", où il tient le rôle d'Auguste Néel, condamné à mort pour meurtre sur l'ile de Saint-Pierre, au large de Terre-Neuve. Histoire vraie, elle est la seule exécution qui eut lieu (et se déroula mal) sur notre T.O.M.

Daniel Auteuil, qui joue d'ailleurs dans le film précédent, meurt sur l'échafaud dans "Lacenaire" dont il joue le rôle-titre. Et dans "Sade", la guillotine guette son personnage (qui n'y passera pas, bien sûr).

Nous sommes tous des assassins.

La vie, l'amour, la mort.

Deux hommes dans la ville.

La plupart des films sur la Révolution Française, comme les livres, montrent la guillotine : "La du Barry" (avec Pola Negri), "La Révolution Française" de Richard Heffron en 1989, "Danton" de Wadja en 1983, "Highlander III" de Andy Morahan en 1995.

Dans "Highlander : la série", un immortel, joué par Roger Daltrey, manque de perdre la tête sous une guillotine...

"Papillon", inspiré par le roman de l'ancien forçat Henri Charrière, montre, rapidement après l'arrivée de "La Martinière" à St-Laurent du Maroni, l'exécution d'un prisonnier qui en tua un autre lors du voyage. Steve McQueen et Dustin Hoffmann assistent à l'aube, à genoux, à la mort du pauvre bougre, qui tente désespérement de se libérer pendant qu'on le traîne vers l'échafaud...

Mais également, certains films sont le reflet d'affaires criminelles authentiques.

A la fin 1972, "Les Noces Rouges" sort sur les écrans. Claude Chabrol dépeint là avec sa nature acide la vie de bourgeois de province. Deux amants qui décident de supprimer leurs conjoints respectifs. Chabrol n'a pas eu à aller bien loin pour le sujet du film : il s'est bonnement inspiré de l'affaire Cousty, jugée à Limoges en juin la même année. Bernard Cousty et Yvette Balaire assassinèrent leur épouse et époux pour vivre ensemble. Le 02 juin 1972, Mme Balaire était vouée à la prison à vie, tandis que Cousty était destiné à la guillotine... Voici le résumé du film :
Dans une petite ville de province. Ingénieur des Ponts et Chaussées et conseiller municipal, Pierre Maury (Michel Piccoli) est l'époux insatisfait de Clotilde (Clotilde Joano), neurasthénique, qui le repousse sans cesse. C'est ainsi qu'il devient un jour l'amant de Lucienne (Stéphane Audran), la mère d'Helène et la femme du député-maire Paul Delamare (Claude Piéplu), affairiste cynique et impuissant. Un soir, à bout de patience, Pierre triple la dose de somnifères de Clotilde et l'étouffe avec un oreiller...
Décidement, Piccoli aime ces personnages d'assassins condamnés à mort. Deux ans après "Les Noces Rouges", il a même obtenu le rôle de l'affreux avocat marseillais Georges Sarret dans "Le trio infernal" de Francis Girod. Les gens qui ont vu ce film et connaissent l'affaire savent que la fin est tronquée, puisque cela finit par le suicide de Catherine Schmidt et le mariage Philomène/Georges. Alors que dans la réalité, l'avocat vitrioleur et ses deux maîtresses furent arrêtés à cause d'une maladresse, et pendant que les soeurs Scmidt partaient goûter au repos des prisons françaises, Georges Sarret, lui, goûtait le son dans la bassine de zinc, en avril 1934.

Casque d'or

Réalisé par Jacques Becker, écrit par Jacques Becker et Jacques Companeez.

Vers 1902, à Paris. Marie (Simone Signoret) est une jeune femme légère (dans la réalité, une prostituée) qui, un jour, dans une guinguette, rencontre Georges Manda (Serge Reggiani), un charpentier. Ils tombent fous amoureux l'un de l'autre. Mais cette liaison est vue d'un très mauvais oeil par Leca (Claude Dauphin), un souteneur qui a des vues sur elle. L'amour est plus fort, mais Leca va tout faire pour ruiner les projets des tourtereaux. Il tue le meilleur ami de Manda, lequel, pour le venger, l'abat à son tour. Marie, désespérée, ira assister, un matin, à l'exécution publique de son amant.

Histoire simple, tirée d'un fait réel, a donné un film magnifique, d'une grande tristesse. Les acteurs sont excellents (un superbe Reggiani), et que dire de Simone Signoret, merveilleuse, magnifique !

La réalité est assez différente : maîtresse de François Leca (dit "Le Corse") et de Marius Pleigneur (dit "Manda"), qui étaient tous deux des proxénètes, Amélie Hélie, dite Casque d'Or en raison de sa crinière blond-roux, fut le détonateur de la haine qui couvait entre les deux hommes. En guerre pour obtenir le plus vaste territoire pour leurs "gagneuses", le combat finit dans le sang. Leca fut blessé à coups de poignard par Manda, et les deux partirent au bagne en Guyane.

Malgré tout, l'exécution est relativement réussie !

Deux hommes dans la ville

Réalisé par José Giovanni, scénario et dialogues de José Giovanni.

Septième film de José Giovanni, "Deux hommes dans la ville" est un plaidoyer vibrant contre la peine capitale. A sa sortie de centrale en région parisienne, Gino Strabbigli (Alain Delon), condamné pour attaques à main armée, aidé par Germain Cazeneuve (Jean Gabin), son éducateur, décide de retrouver une vie normale. Le malheur le frappe à nouveau de plein fouet quand son épouse meurt dans un accident de voiture. Soutenu par la famille Cazeneuve tout entière qui l'a pris sous son aile, vivant désormais non loin de chez eux, près de Montpellier, Gino travaille dans une imprimerie, rencontre Lucie (Mimsy Farmer) et reprend goût à la vie.
Mais le hasard le remet face à l'inspecteur Goitreau (Michel Bouquet), qui le fit condamner quelques années auparavant et qui a été nommé depuis à Montpellier. Le policier ne croit pas à cette réinsertion et le harcèle, le soupçonnant de tous les délits. La situation devient de plus en plus explosive quand d'anciens complices de Gino viennent à leur tour dans la région, où on ne les connaît pas encore, pour y commettre de nouveaux méfaits. Le harcèlement de Goitreau se fait toujours plus féroce, jusqu'au jour où il se rend à l'appartement de Strabbigli pour y malmener Lucie. Gino, arrivant sur ces entrefaites, se rue sur le policier et le tue.
Emprisonné de nouveau, jugé par les assises de l'Hérault, Gino est condamné à mort. Quelques mois plus tard, son avocate est reçue par le président de la République. La grâce sera rejetée. Sous les yeux de Germain Cazeneuve, Gino est guillotiné.

Bien triste histoire que celle-là, qui cherche à montrer que la peine capitale est une abomination. Malgré cela, c'est un excellent film, servi par une belle brochette d'acteurs talentueux.

Par rapport à la scène finale d'exécution :

La scène est plutôt réaliste, mais comporte des erreurs :
- Gino couche dans un lit qui semble destiné à une chambre d'hôtel.
- La cellule n'est pas surveillée, ni allumée en permanence.
- Gino n'a pas d'entraves.
- La guillotine est un peu trop éloignée de la porte de la prison.

Sinon, la machine elle-même étant le même modèle que celui employé dans "La vie, l'amour, la mort", il n'y a pas grand-chose à en redire.

La vie, l'amour, la mort

Réalisé par Claude Lelouch, écrit par Pierre Uytterhoeven et Claude Lelouch.

François Toledo (Amidou), ouvrier dans une usine, semble mener la vie de Monsieur-Tout-le-Monde : marié, père de famille, il a aussi une maîtresse, Caroline (Caroline Cellier), employée dans la même usine que lui. Sauf qu'à plusieurs reprises, Toledo va voir des prostituées et, victime d'impuissance, les étrangle pour éviter qu'elles ne se moquent de lui.
Reconnu par sa belle-mère sur un portrait-robot, Toledo est dénoncé, arrêté. Même s'il est effectivement le criminel, il nie, mais il est quand même condamné à mort.
Il est exécuté à la prison de la Santé.
En 1967, CLaude Lelouch, alors un jeune réalisateur déjà plein de talent (on aime ou on n'aime pas - perso, moi, j'aime pas), décide de faire un moyen-métrage en eurovision. Cela montrerait la dernière demie-heure d'un condamné à mort en France. La cigarette fumée de bout en bout, la toilette en intégralité, etc... Mais, face aux problèmes de diffusion (le décalage horaire ne permet pas de passer le film en même temps, à la même heure, dans toutes les télévisions d'Europe), Lelouch abandonne le projet et se résigne à faire un film qui monterait, toujours de manière détaillée, les derniers instants d'un homme qu'on va guillotiner.
Il engage alors Me Albert Naud, le célèbre avocat, en tant que conseiller technique : ne pas commettre d'erreurs flagrantes, notamment lors de la scène de l'exécution (rappelons que Naud a assisté, en 1950, à la décapitation de son client Michel Watrin). Mais au final, il lui confie tout bonnement le rôle de l'avocat de Toledo.

Il tente également d'engager André Obrecht, alors en fonctions, pour jouer son propre rôle, mais retard de la production ? refus du bourreau ? Nul ne peut l'affirmer, mais Obrecht n'apparaîtra pas dans le film (au grand soulagement de Me Naud).

Ultime point : Lelouch ne voulait pas d'une guillotine qui fasse toc, aussi obtint-il une autorisation du ministère de la justice pour se rendre à la prison de la Santé et copier les mesures de la machine. Le résultat est proche à 99% de la réalité : seul le système de blocage du couperet diffère de l'original.

Les scènes de prison furent réalisée au dépôt de Nanterre, une véritable maison d'arrêt. Amidou, qui jouait Toledo, y fut enfermé toute une journée, et il ne feignit pas la terreur quand on vint le chercher en cellule pour l'exécution. La scène, aux dires de Me Naud, est "hallucinante de vérité". La scène finale est elle aussi presque parfaite, car :
- Toledo n'est pas attaché, en cellule (est-ce que la loi de 1954 était valable encore ?).
- La cellule n'est pas surveillée en permanence (il y a bien un judas dans la porte, et c'est tout).

Mais sinon, c'est tout.
Très bon film, à voir.

Nous sommes tous des assassins

Réalisé par André Cayatte, écrit par André Cayatte et Charles Spaak.

René Le Guen (Marcel Mouloudji), devient, pendant la résistance, exécuteur des basses oeuvres et abat des collaborateurs. Mais revenu à la vie civile, il continue ses assassinats et finit par se faire prendre. Jugé, et condamné à mort, il se retrouve dans la cellule de la Santé.

Et là, il apprend la vie d'un condamné à la guillotine en compagnie de deux autres : Albert Dutoît (Antoine Balpêtré), médecin, condamné pour l'empoisonnement de sa femme (dont il se dit innocent) et Gilbert "Gino" Bollini (Raymond Pellegrin), dernier maillon d'une vendetta séculière (il a abattu un certain Pierrot le Corse). Quelques jours après l'arrivée de Le Guen, Dutoît est emporté vers la guillotine en affirmant son innocence.

Le Guen est bientôt victime d'une appendicite, et il est transféré pour être opéré à Fresnes. Quand il en revient, un nouveau condamné est présent. Il s'appelle Marcel Bauchet. Il a tué sa fillette de quatre ans avec un tisonnier parce que ses pleurs l'empêchaient de dormir. Bollini, avec son sens de l'honneur, le déteste et ne manque pas une occasion de l'insulter. Il choque même le père Simon, futur aumônier de la prison, quand il dit que Bauchet mérite d'être guillotiné, lui !

L'ordre d'arrivée n'est pas respecté, car Bauchet est le suivant. Au matin de son exécution, il meurt en lâche en hurlant, en pleurant et en réveillant toute la prison qui crie "Assassins!" aux juges et aux bourreaux.

Puis Gilbert, à son tour, après plus de 6 mois d'incarcération, est réveillé un matin pour aller à l'échafaud. Un instant incrédule, il meurt résigné, mais en prévenant les juges que d'autres suivront dans son histoire de vendetta. La preuve, au moment où Gilbert est exécuté, un de ses cousins va abattre, dans une chambre d'hôtel, le rival qui avait dénoncé Gino.
René se retrouve donc seul quelque temps, jusqu'à ce qu'un nouveau condamné, un satyre, le rejoigne, juste après une lobotomie partielle. Le film s'achève chez son jeune avocat, qui a recueilli chez lui le petit frère de Le Guen, en train de parler au téléphone pour apprendre si son client va être gracié ou pas. On ignore le verdict.

André Cayatte, ancien avocat, qui vivait à Carcassonne quand Deibler y guillotina Téjéron en 1924, avait depuis longtemps l'envie de faire un film en montrant les condamnés à mort. Pari réussi. Une fois de plus, plaidoyer contre la peine capitale, réussi, bien qu'exagéré (aucun des crimes commis par les condamnés n'entraîneraient, dans la réalité, l'application de la peine de mort).

La vie en cellule est très bien reproduite, avec la pièce latérale qui sert aux gardiens. Mais - précision utile - on n'y voit jamais la guillotine !!!!