FRANCE

1792 - 1981

France

La machine sous toutes ses coutures

La guillotine est la manière mécanique de pratiquer la décapitation. La fin du XIXème siècle vit la guillotine acquérir sa forme définitive. Elle est construite en chêne : sur un croisillon d'appui en T de 4 mètres de long sur une traverse de 3 mètres 80, on dresse perpendiculairement deux montants parallèles de 4.5 mètres de haut, étayés par six jambes de force. On maintient l'assemblage strictement horizontal par des cales disposées aux quatre coins de la plate-forme. Ecartés de 37 centimètres, les montants pèsent respectivement 69 pour le gauche et 73 kgs pour le droit. Ce surpoids s'explique par la présence du mécanisme de chute du couperet.


La mécanique modèle Berger


Une fois les piliers réunis par un chapiteau, on monte le mouton. Masse de fonte pesant 30 kgs, le mouton accueille le couperet, une lame épaisse d'1 cm et large de 30, très soigneusement affûtée, d'un poids de 7 kgs. Trois énormes boulons, d'un kilo chacun, complètent l'élément décapitateur. Ce sont donc 40 kgs qui tombent de 2.25 mètres sur le cou du condamné. Une flèche d'acier retient l'ensemble, en étant engagée dans une énorme pince en huit, elle-même contenue dans le chapiteau. Un crochet fait pendant à la flèche : il est aisé d'y assujettir un anneau de métal attaché au bout d'une corde. Une poulie placée au sommet du chapiteau permet alors de remonter le couperet.

Face aux montants, la bascule. Le patient est placé verticalement sur cette planche de 85 cm de long, qui s'abat par une simple poussée à l'horizontale et roule sur un système de galets. Le cou est alors porté sur la lunette, formée par deux planches percées chacune d'un demi-cercle, formant une circonférence de vingt centimètres de diamètre. Plus particulièrement, le cou vient se poser sur le demi-cercle inférieur de la lunette, à environ un mètre au dessus de la plate-forme. La partie supérieure, mobile, grâce à la présence de rainures lui permettant de glisser, par un bouton se rabat, emprisonnant le cou étroitement tel un carcan. L'exécuteur presse simultanément le bouton de la lunette et baisse une manette (devenue un bouton dans les derniers modèles) : la pince s'ouvre, le couteau tombe et la tête s'abat dans une cuvette de zinc remplie de sciure, qu'un bouclier métallique cache à hauteur de la lunette pour empêcher la projection du sang. Le corps est basculé dans un panier d'osier à l'intérieur également tapissé de zinc, placé à droite de la machine, et qui peut contenir jusqu'à quatre corps. Anatole Deibler remplaça l'antique savonnage des rainures par la pose de coulisses de cuivre, puis équipa le mouton de roulettes latérales, ce qui garantit une descente rapide, sans à-coups. En fin de course, le mouton est stoppé par des boudins de caoutchouc, équipés de ressorts, qui amortissant le choc.

La machine pèse au total 580 kgs, et il faut 30 minutes avec une équipe entrainée pour la monter, à l'aide de boulons. Machine très grasse, d'une propreté parfaite, dont il existe vraisemblablement quatre modèles : deux venant d'Algérie, deux servant au territoire métropolitain, peintes en laque brune. Il existerait une de substitution, selon André Obrecht, peinte "en rouge sang".



Voici, à titre de curiosité, le devis de ce qu'a coûté la guillotine nouveau modèle qui a servi pour la première fois, croyons-nous pour l'exécution de Joly.

La charpente de la machine et celle du plancher sur lequel elle est posée. 1 200 F.

Les ferrures. 500 F.

Les deux couperets (il a en a un de rechange). 500 F.

Les poulies et les rainures. 900 F. Le mouton en fer forgé. 550 F.

Deux paniers d'osier destinés à recevoir le corps du supplicié. 400 F.

Deux cuvettes en zinc pour recevoir la tête. 300 F.

Les cordages. 60 F.

Total. 4 410 F.

Cette note dont les divers articles étaient taxés à un prix exagéré, fut soumise à une commission chargée d'examiner la machine et son prix. La commission frappa la note d'une réduction de 1132 F soit un peu plus de 25 %. La guillotine, telle qu'elle existe aujourd'hui a donc coûté 3 278 F.

J'indiquerais aisément de meilleures manières de dépenser de l'argent.

Information trouvée de " Le Rappel " du 10 décembre 1887.

Les derniers pas du condamné... Le mouton L'autre côté



La Veuve de Ho Chi Mihn ville bascule avec moi ! Le mouton armé


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