FRANCE

XIIIe siècle - 1981

La vie étonnante de la guillotine

27 années de déclin : circonstances atténuantes et suppressions de postes



La quadruple exécution d'Hautefaye, 1871

La Révolution avait aboli les usages de la "question", c'est à dire de la torture. Mais toutefois, certaines pratiques des hautes et basses oeuvres restaient en vigueur. L'exposition des condamnés sur l'échafaud, nouvelle version du pilori, la flétrissure (marquer au fer rouge l'épaule du condamné aux travaux forcés) et la marque. D'autres revinrent s'y ajouter : le code Napoléon de 1810 introduisit un abominable rajout au supplice des parricides. Ceux-ci seraient désormais menés à l'échafaud, pieds nus, une cagoule sur le visage. Et une fois sur l'estrade, l'exécuteur leur poserait le poing sur un billot et, d'un coup de hachette, leur trancherait la main. Le moignon serait immédiatement placé dans un sac rempli de son, et l'exécution reprendrait son cours habituel. Cette mesure sera effective jusqu'au 28 avril 1832, quand un décret abrogera cette amputation, ainsi que la flétrissure et la marque. Les 230 exécuteurs de France perdent une partie de leur travail.

En 1848, la situation d'exécuteur, déjà précaire, va en s'amplifiant : le 26 février 1848, un décret abolit la peine de mort en matière politique, idée qui sera reprise dans la Constitution, le 04 novembre. De plus, le 12 avril, un nouveau décret supprime l'exposition des condamnés. Prenant comme prétexte ces réductions de travail, un arrêté est publié le 09 mars 1849, et supprime le poste d'environ neuf exécuteurs sur dix (leur chiffre passe de 230 à 27), poursuivant par là la politique de réduction entamée par la Révolution Francaise. En date du 1er mai 1849, il ne restera plus qu'un exécuteur en chef des arrêts criminels par Cour d'appel, celui-ci étant assigné à résider au siège de la dite Cour. Certains départements perdent définitivement leur exécuteur (comme le Gers), mais dans la plupart des départements, le bourreau est simplement rétrogradé au poste d'adjoint, logeant au siège de la Cour d'assises, participant, si besoin est, aux exécutions effectués par ses confrères dans les départements voisins. Les aides sont également "renvoyés", sauf dans la Seine, où l'on en garde deux, et en Corse, où l'on en garde un. Les gages, déjà passablement entamés par les précédentes décisions, sont encore diminués, de plus, les "abonnements" conclus avec les exécuteurs, pour l'entretien, le montage de l'échafaud, le transport des condamnés, sont résiliés dès le 1er janvier 1849. Cette période terrible ne s'arrête qu'après le 26 juin 1850, quand un nouveau décret réduit, une fois de plus, les gages des exécuteurs.

Vingt ans s'écoulent avant que le métier de bourreau ne fasse encore parler de lui. Le coup fatal sera porté le 25 novembre 1870. Adolphe Crémieux, ministre de la Justice du gouvernement de la Défense Nationale, siégeant à Tours, décréte que : "Considérant qu'aucune loi ne légitime l'usage de dresser les bois de justice sur une plate-forme elevée au-dessus du sol, de manière à transformer en un spectacle hideux l'expiation légale dont la publicité n'est pas mieux garantie tandis qu'il en résulte les plus grands inconvénients pour le transport et l'érection de ces bois." L'échafaud est donc supprimé, et enfin, tous les exécuteurs de France sont démis de leurs fonctions, sauf un exécuteur en chef et ses cinq aides à Paris, ainsi qu'en Algérie et en Corse. Le même décret ordonnait la construction de "deux machines ou instruments avec leurs accessoires de rechange, établies sur le modèle adopté en Algérie". L'exécuteur métropolitain et ses aides se déplaceront "toutes les fois qu'il y aura lieu de procéder en dehors de Paris, à l'exécution d'un condamné." en utilisant, pour le transport, les réseaux ferroviaires.

Pendant la guerre de 1870, il n'y eut que 10 exécutions, mais les nouvelles guillotines furent construites, suivant les plans de l'exécuteur de Corse, Berger. La Commune ayant appris que la guillotine "perfectionnée et accéleratrice", le 06 avril, des perquisitions ont lieu dans un atelier de la Folie-Méricourt, où l'on trouve plans, outils, contrats et machines. Tout cet ensemble fut mené place Voltaire, au pied de la statue du philosophe, et brûlé sous les hourras du peuple. Mais on reconstruira de nouvelles machines, et, pour le bien des condamnés, le système de chute du couperet sera inversé par rapport au modéle algérien, qui restera unique désormais. Le dernier poste intermédiaire, celui de Corse, ne durera guère : le 31 juillet 1875, le poste est annulé.

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