LES BOURREAUX


EXECUTEURS DES ARRETS CRIMINELS (1792-1981)


Nota Bene

Il n'est pas dans mes intentions d'omettre le travail accompli par les exécuteurs régionaux, mais les renseignements manquent sur leur existence, et je ne puis les inventer à ma guise, tel Michel Folco, avec les Pibrac.


Historique:



Etymologiquement, le mot «bourreau » vient de ce que, en une lointaine époque en Alsace-Lorraine, les exécuteurs exerçaient souvent la profession d'équarisseur ou de «bourrelier », qu'on appelait aussi «bourrel ». Ce dernier terme subsista et désigna bientôt aussi bien le bourrelier que le bourreau, et également le boucher. Au XVIIe siècle, certaines famille s'approprièrent le métier d'exécuteur, et nous verrons que par le jeu des mariages elles s'allièrent toutes entre elles. Dans cette corporation et au fil des siècles, en effet, la consanguinité était de règle, la plupart des mariages nécessitant une dispense.

Histoire du bourreau jusqu'au XVIIIe siècle

L'histoire de la fonction d'exécuteur demeure mystérieuse. C'est en tous cas une longue histoire, le XVIIIe siècle marquant une cassure symbolisée par l'invention de la guillotine. Dans l'Antiquité, il n'existait pas à proprement parler de bourreau, pas plus chez les Grecs que chez les Romains ou chez les Hébreux. Même à la fin de l'Empire romain où l'on voit naître et s'organiser une justice, il n'existait pas d'exécuteur professionnel. C'est au XIIIe et au XIVe siècle que l'on commença à charger un habitant de la ville, toujours le même, des exécutions. Dès qu'il devint professionnel, il fut haï et méprisé.

Le régime des peines

Les peines anciennes étaient barbares. Le supplice de la roue institué par François Ier en 1534 pour lutter contre les bandits de grands chemins, en est un exemple éloquent : «Les bras leur seront brisés et rompus en deux endroits, tant en haut qu'en bas, avec les reins, jambes et cuisses, et mis sur une roue plantée et élevée, le visage contre le ciel, où ils demeureront vivants pour y faire pénitence, tant et si longtemps qu'il plaira à Notre Seigneur les y laisser, et morts jusqu'à ce qu'il soit ordonné par justice.» De plus, le système judiciaire reposait sur une conception très particulière de la justice ; celle -ci, considérée comme infaillible et incorruptible, régissait les procès de façon mathématique : témoignages, soupçons, preuves matérielles, rumeurs, bruits divers étaient classés sous forme de preuves, demi-preuves, présomptions, indices qui s'appliquaient de façon aléatoire suivant la nature du crime et la personne du criminel. À cela s'ajoutait le fait que, pour obtenir l'aveu du coupable, on usait de la «question », ou torture préalable.

Naissance d'une opposition

Après l'exécution de Jean Calas en 1762, qui mit en évidence l'horreur du système, une opposition affirmée contre la justice se dessina. Voltaire s'empara de l'affaire pour attaquer le système judiciaire, et, en Italie, Beccaria, dans son Traité des délits et des peines (1764 ) fit le procès de la cruauté. La réforme de la justice passait au rang des préoccupations générales. À Paris, un jeune médecin, Jean-Paul Marat, dans son Plan de législation criminelle, énonçait : « Punir de mort, c'est donner un exemple passager, et il faudrait en donner des permanents... Les peines doivent rarement être capitales. En les infligeant, ce n'est pas assez de satisfaire à la justice, il faut encore corriger les coupables. » Les partisans de la réforme multiplièrent les attaques, en particulier par le biais d'affaires célèbres (affaire Françoise Salmon, 1781 ; affaire des «Trois roués », 1785 ).

Le bourreau, «sacré » et «infâme »

Pendant longtemps le bourreau fut qualifié d'« opérateur », «maître des basses et des hautes œuvres ». Des surnoms multiples lui furent attribués : le «carnassier », «brise-garot », «Jean-Cadavre », «Charlot Cassebras » (allusion au supplice de la roue ). Quant au prénom de «Charlot », il vient de la célèbre famille Sanson, bourreaux de père en fils pendant plus d'un siècle (un des surnoms de la guillotine fut la «bascule à Charlot »). Jusqu'au XVIIIe siècle, le bourreau et sa famille eurent l'obligation de loger hors les murs de la ville. Ces personnages, à la fois «sacrés » et «infâmes », vivaient dans l'ombre. Certes, l'opinion publique était favorable à la peine de mort, mais paradoxalement, et cela à toutes les époques, elle fut toujours hostile au bourreau, seul homme parmi les hommes à avoir le droit, le devoir de tuer, en échange d'un salaire. Dès la Révolution, l'Assemblée fut saisie d'un projet de réhabilitation du bourreau : la question était de savoir s'il devait être considéré comme un citoyen actif à part entière. La réponse fut positive. Il fut alors déclaré citoyen actif, électeur et éligible. Mais c'est précisément à cette époque que les familles de bourreaux se transformèrent en castes d'intouchables. C'est le mépris qui les accablait et l'horreur qui entourait leur métier qui leur donnèrent la possibilité de s'ériger en castes, et de devenir propriétaires de leurs fonctions. Paradoxalement encore, le rejet du bourreau provoqua la naissance d'un privilège immense pour lui : incapable de trouver un travail normal, repoussé par ses concitoyens, il obtint un salaire «à l'exécution », qui, s'ajoutant à l'abonnement (paiement des frais entraînés par l'entretien du matériel ), lui assura des revenus non négligeables. Lors de la naissance de la guillotine, la corporation des bourreaux était vaste et s'étendait sur toute la France. Charles-Henri Sanson, qui avait 53 ans en 1792, était bourreau depuis 34 ans. La dynastie des Sanson avait occupé ce poste pendant 59 ans et avait fourni 18 bourreaux. Entrés dans la corporation vers 1668, ils n'en sortirent qu'à la quasi extinction de la famille. Le dernier Sanson fut révoqué en 1847. Charles-André Ferey lui succéda. La très importante famille Ferey s'était partagé la Normandie pendant des siècles avec la famille Jouënne. Puis Heidenreich succéda à Ferey, et à sa mort (1872 ), il fut remplacé par Roch. C'est alors qu'intervint la famille Deibler, originaire d'Allemagne. Louis Deibler devint bourreau national, puis fut remplaçé par son fils Anatole. La famille Desfourneaux prit le relais de la famille Deibler à la mort d'Anatole (1939 ). Les derniers bourreaux, en France, furent Obrecht, à partir de 1951, puis Chevalier, jusqu'en 1981, date de l'abolition de la peine de mort en France. Il est un trait spécifique des mariages des bourreaux : presque tous les témoins et ceux qui assistaient à la cérémonie étaient membres de la corporation ou descendants d'exécuteurs. De plus, les mariages se nouaient entre parents et proches, plusieurs fois apparentés. On leur accordait toutes les dispenses nécessaires.




FRANCE METROPOLITAINE




1792-1847

La famille Sanson

1847-1849

André Ferey

1849-1872

Jean-François Heidenreich

1872-1879

Nicolas Roch

1879-1898

Louis Deibler

1899-1939

<Anatole Deibler

1939-1951

Jules-Henri Desfourneaux

1951-1976

André Obrecht

1976-1981

Marcel Chevalier


ALGERIE FRANCAISE




1842-1847

Joseph Baroux

1847-1855

Nicolas Wolf

1855-1885

François-Joseph Rasseneux

1885-1906

Gustave Rasseneux

1906-1928

Pierre Lapeyre

1928-1944

Henri Roch

1944-1957

André Berger

1957-1959

Maurice Meyssonnier

Adjoint 1947-1959

Fernand Meyssonnier