ANATOLE FRANCOIS JOSEPH DEIBLER


EXECUTEUR EN CHEF DES ARRETS CRIMINELS (1899-1939)


Informations basiques

Date de naissance: 29 novembre 1863
Lieu de naissance: Rennes (36)
Date de décès: 2 février 1939
Lieu de décès: Paris (75)
Père: Louis Antoine Stanislas Deibler
Mère: Zoé Rasseneux
Frères et soeurs:
Epouse: Rosalie Virginie Rogis (1877-1968)
Enfants: Roger (1899) ; Marcelle (1905-1990)
Signes distinctifs: Barbe à l'impériale; yeux bleu clair, et cheveux blond-roux.
Profession: néant (rentier)
Carrière:
- Exécuteur adjoint de seconde classe en Algérie en 1885. Participe à dix-huit exécutions en cinq ans.
- Nommé exécuteur-adjoint de seconde classe en France le 1er novembre 1890.
- Nommé exécuteur en chef des arrêts criminels le 1er janvier 1899, en remplaçement de Louis Deibler, démissionnaire.


Biographie:

Avec 395 exécutions à son actif, Anatole François Joseph Deibler fut durant 40 années synonyme de bourreau.



Les premiers pas

Né à Rennes, le 29 novembre 1863, premier héritier mâle de Louis et Zoé Deibler, Anatole eut une enfance de souffre-douleur. A 12 ans, il entame une carrière de vendeur en confection dans un grand magasin. Il assiste à sa 1ère exécution, le 30 mars 1882. Il décide d'effectuer son service militaire, qu'il achève en 1885. D'abord réticent à entamer une carrière de bourreau, il se résigne et part apprendre le métier à Alger auprès de son grand-père Rasseneux, exécuteur d'Algérie. Son palmarès débute le 08 septembre 1885, en guillotinant Francisco Arcano. Dix-sept autres suivront jusqu'à l'automne 1890, quand son aïeul décède.

L'adjoint

Revenu à Paris, il est nommé adjoint en second de son père le 01 novembre 1890, et l'assiste en 78 exécutions, dont le première est celle de Michel Eyraud, le 03 janvier 1891. Le 05 avril 1898, Anatole épouse Rosalie Rogis, descendante d'une famille de bourreaux (ses deux frères, Louis et Eugène-Clovis, deviendront aides d'Anatole).Peu après l'exécution de Vacher (à laquelle, dit-on, il actionna le couperet en lieu et place de son père), le 02 janvier 1899, il devient exécuteur en chef des arrêts criminels de France. Son père, Louis, dira devant le message : "Ah, mon fils, que voilà de jolies étrennes !"...

Le patron

Après une exécution à Troyes, passée relativement inaperçue, le 13 janvier, Anatole fait ses débuts parisiens le 01 février, en guillotinant un jeune apache, Peugnez. Les journaux sont élogieux. Dans les Annales politiques et littéraires du 12 février, on lit :

"Tous les journaux s'accordèrent à rendre justice au jeune monsieur Deibler qui montra pour ses débuts à Paris un tournemain et une aisance de vieux praticien. Jeune, élégant, vêtu d'une redingote de couleur sombre, comme un témoin de duel sélect, il réalise dans la perfection le type du bourreau moderne. On peut, après cet heureux essai, lui prédire une belle carrière et un nombre respectable de représentations."


Dans Le Journal, le lendemain de l'exécution, Jean Lorrain est un peu moins enthousiaste :

"De la descente de voiture au couperet, le rythme est un peu trop rapide. Cela enlève de la solennité qui constitue pourtant la raison d'être d'une exécution."


Anatole, en cette année 1899, est un homme heureux. Il occupe un poste à nul autre pareil, bien qu'assez mal rémunéré, mais la petite fortune familiale le met à l'abri du besoin. De plus, au printemps, Rosalie, toute rose de joie, annonce à son époux l'arrivée de l'héritier Deibler. Son premier enfant, Roger Aristide Hector, naît le 20 septembre 1899. Au mois de novembre, les Deibler appellent le médecin pour une maladie infantile bénigne. Le docteur ausculte le bébé, lui verse un médicament, mais se trompe dans ses flacons. Le 10 novembre, le petit Roger meurt. Anatole ne se remettra jamais de ce départ si prématuré. Il montrera par la suite une affection sans bornes pour son neveu André Obrecht, né un mois avant feu son fils. Les premières années d'exécuteur en chef seront peu prolifiques : Félix Faure meurt en 1899 dans les bras de sa maîtresse, et Emile Loubet prend son poste. Modérément partisan de la guillotine, seuls 18 condamnés à mort seront exécutés durant son mandat. En 1899, 7 exécutions (trois refus de Faure, quatre de Loubet). En 1900, 3 exécutions. En 1901, idem. En 1903, idem. En 1905, 5 têtes tombent. La même année, le ménage Deibler aura une fille, Marcelle, le 04 mai 1905. Durant cette période calme, Anatole mène une vie paisible, sous le signe de la modernité. Bien que travaillant avec une machine plus que séculière, il est un partisan du progrès. Il sera un des premiers Français à obtenir son permis de conduire. Il montrera un goût certain pour la mécanique et la photographie. On rapporte une anecdote, survenue en 1907, lors du baptême de Robert Martin, qui deviendrait un de ses aides, bien des années plus tard. Ayant pris la photo de famille traditionnelle, il avait mal cadré, et quelques invités eurent ainsi la tête escamotée. "Ah, soupira gaiement Anatole, c'était fatal. C'est une photo Deibler..." Il va régulièrement au cinéma, au cirque. Il aime cuisiner, et il y réussit, paraît-il, fort bien. Son seul vrai vice, c'est qu'il fume. Cigarette ou cigare ou pipe (il n'arrêtera que sur les instances du médecin et de Marcelle, sa fille, en 1925).

Mais en 1906, Armand Fallières et les abolitionnistes président aux destinées de la France. Durant trois ans, tous les condamnés échapperont à Deibler, qui devra trouver un emploi de rechange, à savoir placier en vins de Champagne, pendant cette période. Il prendra néanmoins la précaution de se présenter sous le nom de François Rogis. Si son visage n'est pas encore connu, son nom est nationalement célèbre, et qui auarait voulu acheter du champagne au bourreau? Mais quand en automne 1907, Fallières gracie Soleilland, auteur d'un crime sexuel abominable, c'est la France qui se lève contre l'abolition. L'Assemblée statuera sur la peine capitale l'année suivante. Devant le refus massif de la suppression de la peine de mort, Fallières se doit de réagir, et l'année 1909 sera faste : 13 têtes sous le couperet (comprenant la première exécution devant la prison de la Santé, une double exécution à Albi, une triple exécution à Valence et une rareté : la première exécution de l'année, Béthune, sera quadruple ! Par la suite, il procédera à une vingtaine de doublés, et une autre triple, celle des survivants de la bande à Bonnot, en 1913. La guerre n'arrête pas notre homme : une vingtaine d'exécutions auront lieu entre 1914 et 1918. En mars 1918, Deibler guillotine au nom du peuple belge, à Furnes (il aura à quitter la France une autre fois, pour guillotiner en Sarre allemande en juin 1923). En août 1918, il est mobilisé, et travaille comme secrétaire au ministère des Armées, avec l'autorisation d'absence en cas d'exécution. Les années faisant immédiatemment suite à la guerre sont les plus fructueuses, à croire que les massacres de l'Est ont libéré les moeurs criminelles. En 1921, 23 condamnés à mort seront exécutés, et en 1922, 20, dont Landru. D'autres noms, dont la célébrité s'est un peu émoussée, sont Ughetto (1930), Gorguloff (1932) ou Sarrejani (1934). le 24 janvier 1939, à Lyon, il décapite Abdelkader Rakida. Ce sera sa dernière exécution.

Epilogue

En 1939, Anatole marche vers sa 77ème année. C'est un homme toujours affable, sa barbe et le peu de cheveux qui lui restent sont tout blancs. En moyenne, il exécute environ 7 condamnés par an. Le 01 février 1939, il reçoit un nouvel ordre d'exécution. Au matin du 03, il devra se trouver aux portes de la prison de Rennes, avec sa machine, pour décapiter Maurice Pilorge. Ce criminel aux moeurs inverties n'est qu'un voleur sans envergure. En été 1937, il a tué son amant, le Mexicain Nestor Escudero, pour lui voler 2000 francs. Sa véritable célébrité provient d'un de ses amants, dont il fut le compagnon de cellule avant sa condamnation, l'écrivain Jean Genet, qui lui consacrera le poème "le condamné à mort". Pour Anatole, il sera le 396ème condamné à mort à passer entre ses mains, et sa 300ème tête comme exécuteur en chef. Deibler est fort content de ce voyage. Il aime retrouver sa ville natale. Depuis Lagadec, en 1922, il n'y a pas mis les pieds. Cette fois-là, parmi les spectateurs, un officier militaire à la retraite l'avait interloqué, puis les deux hommes avaient sympathisé, et correspondaient régulièrement. Anatole contactera même cet ami pour déjeuner ensemble à l'occasion. Au matin du 02 février, Anatole se réveille vers 6 heures, se prépare. Sa fille lui sert un café au lait et lui propose, en ce froid matin, de le conduire à la gare. Anatole refuse, et dit qu'il préfère prendre le métro. Un dernier "Au revoir", et Anatole quitte la villa Dufresne en direction de la station Porte de St-Cloud. Il descend les marches, et sur le quai, se sent subitement mal. Il s'écroule, victime d'un infarctus. Les gens l'entourent, on le transporte à l'hôpital. Vers 8 heures, Anatole rend son dernier soupir. Desfourneaux, Obrecht et Georges Martin, qui patientaient à Montparnasse, voient arriver, dans la Citroën beige et marron, Marcelle Deibler et Georgette Desfourneaux. Les femmes effondrées préviennent les aides du décès de leur patron. On doit surseoir à l'exécution, mais la Justice est en marche. Pour la seconde fois de sa carrière, Desfourneaux, aide de première classe, exercera les fonctions de chef le 04 février. Le lendemain, au vieux cimetière de Boulogne, Anatole est inhumé aux côtés de son père et de son fils. Un mois et demi après, sur les instances de la veuve d'Anatole, Desfourneaux obtient le poste tant convoité d'exécuteur en chef.

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Successeur

JULES HENRI DESFOURNEAUX
Exécuteur en chef des arrêts criminels (1939-1951)


Une incroyable vente aux enchères

Les carnets d'Anatole





De notre correspondant spécial, Sylvain P. Larue, le 06.02.2003, 8h15 a.m.

Il faut pour commencer que je relate mes précédentes "aventures". En septembre 2002, il y avait déjà un an que je travaillais de façon assez acharnée à l'élaboration du site sur la guillotine. Toutes les informations, légales, techniques, se trouvent dans les livres : mais la clé de voûte restait le Palmarès ! Je resignale que pour l'établir (et il n'est toujours pas complet - je doute qu'il le soit de sitôt), je n'ai fait appel qu'à la patience et aux quotidiens d'époque.

C'est ainsi que, en septembre, je me suis rendu à Paris, avec l'intention de faire le siège de l'Association de Recherches Historiques et Sociales de Mr Thierry Chaillous, cette association détenant depuis pas mal d'années les carnets personnels du sieur Anatole Deibler ainsi que nombre de documents de famille, tout aussi intéressants à mes yeux. Hélas, l'adresse que j'avais trouvée n'était plus la bonne. Navré, je revins chez moi sans être complètement bredouille, mais avec un regret certain. Je songeai à contacter Mr Gérard Jaeger pour lui demander s'il connaissait le nouvel emplaçement de ces archives, mais je ne le fis pas. Et je ne pensais pas vraiment à Deibler en me levant mardi matin.

Mardi, donc, je me réveillai quand l'aide-ménagère apporta le journal, vers 9h30. Je ne lis presque jamais la presse au saut du lit, mais je ne sais pas par quel hasard il me prit l'envie de le feuilleter avant de l'apporter à ma grand-mère. Et, en page 5 de la Dêpeche, mon oeil, plutôt aiguisé par les séances régulières de lecture de vieux quotidiens, identifia de suite le mot "bourreau". De quoi s'agissait-il? A ma stupeur, je lus que le lendemain, mercredi 05 février, les 14 carnets rédigés par Anatole Deibler, de 1885 à 1939, serait vendus aux enchères. Je restai estomaqué. Alors, c'était fini. Je pouvais faire une croix sur mes recherches à ce sujet.

Mais l'idée germe vite. Pas question de laisser passer cela. Je consultai d'abord le site de l'hôtel Drouot. Estimation du lot n°9 : 10000 euros. Probablement 15000. Hors de mes finances, mais qu'importe. N'étant pas employé en ce moment, je me décidai en 10 minutes de partir pour Paris assister à cette mémorable vente. Les bagages sont vite prêts. Dans mon sac de reporter, mon classeur de coupures de journaux, le livre de Jaeger, un calepin, des stylos... Un petit "coucou" à Mami, en lui disant que "eï oh, eï oh, je m'en vais au boulot" (elle est très vieille, et ne se rend compte de rien. LOL). Direction gare Matabiau à Toulouse. Petit arrêt chez mon grand-oncle Fernand à qui j'expose la situation. Un peu d'attente à Toulouse. 13h43. Le train démarre.

Je passe sur le voyage, la soirée à Paris. O Impétueuse Jeunesse. Un travail par ici, ou quelques années de plus par là, et je ne me serais probablement pas déplacé. Mais là. Le mercredi 05, jour des ventes, je me rends tout d'abord rue de la Roquette pour prendre des photos (les précedentes étant de qualité exécrable). Puis direction Drouot. A l'accueil, une charmante jeune femme à qui je pose deux, trois questions. Un peu surprise par mes recherches, mais pas inintéressée. Nous bavardons un bon quart d'heure. Vers 1 heure, deux photographes se rendent dans la salle n°2 pour y prendre quelques clichés des précieux manuscrits. Je les talonne. Tandis qu'ils patientent, je leur demande la raison de ces photos. Ils ont l'air de se foutre un peu de ma gueule. Ils viennent prendre des photos pour des journaux, et déclarent ensuite "qu'ils vont se barrer, aller à Coubertin jouer au tennis". "Ce ne sera pas pour le plaisir", rajoute l'un, "quoique il y a souvent de jolies filles dans le coin". Ils rentrent. A mon tour de patienter. La vente ne débute qu'à 14 heures. Impatiemment, je feuillette une fois de plus mes coupures de presse. Un monsieur s'assied à mes côtés, et semble intéressé par mon ouvrage, que je lui prête bien volontiers. Mr Balassi est conseiller général d'Ile de France, et membre du parti politique dont la flamme est tricolore. Cette référence me fait un peu tiquer (je ne partage aucune des idées du FN, sauf celle de la peine capitale), surtout lorsqu'il évoque une rencontre avec Marcel Chevalier, dernier exécuteur de la République, dont il affirme qu'il était également adhérent du FN, avant de décéder (???) il y a une dizaine d'années.

Nous parlons livres, affaire criminelles. Un couple, assis en face, participe à la conversation, ainsi qu'un monsieur d'âge respectable. Mr Balassi évoque l'existence d'une guillotine démontée au musée des Arts et des Traditions, dans le bois de Boulogne, ainsi qu'un "Carrefour de la guillotine" (non, pas un hypermarché pour acheter couperet, mouton, et bâti de chêne) dans le Pas-de-Calais, non loin du pays de naissance de ce "cher" Maréchal Pétain (avec qui je partage mon second prénom, mais ni l'âge, et surtout pas les idées collaborationnistes). Toute cette conversation se passe, entrecoupés par mes regards inquiets face au nombre de gens, sans cesse croissant, qui se presse à la porte n°2. A 13 heures 50, la patience de ces braves gens est récompensée. Auraient-été-ils là si il s'était agi d'une exécution capitale publique?

Suivi par Mr Balassi, je m'installe au premier rang dans le coin droit de la salle, petite, tapissée d'un velours rouge. Je vois sur ma droite les livres destinés à être vendus. Et dans une vitrine, un peu séparés des autres, les carnets. Ils sont petits, plus encore que je ne l'aurai pensé. Mais ils sont identifiables immédiatement (pour peu que l'on s'intéresse au sujet). Les personnes se pressent. Certains n'entreront même pas, car la salle compte une cinquantaine de places assises, autant de debout, et il ne reste pas le moindre espace. De plus, les journalistes sont légion : radio, télévision, presse écrite... Mr Balassi demande à l'employé le plus proche de nous s'il est possible de voir les carnets. Mais il est trop tard. La vente va débuter. Sous la direction de Messieurs Beaussant et Lefèvre, commissaires priseurs, et de Mr Alain Nicolas, libraire et expert près la Cour d'Appel de Paris, la vente débute à 14 heures précises. On nous rappelle en premier le tarif des taxes (majoration de 15.83%). Puis c'est parti : cela se passe très vite. Voici les premiers lots (les prix sont indiqués hors taxes, tels que lors de l'adjucation)

1)Deux lettres d'Artaud à Jouvet, estimé 300, vendu 800.
2)2 photos et un dessin d'art contemporain, estimé 100, vendu 180.
3)20 photos d'avions de firme Farman, estimé 200, vendu 300.
4)5 lettres autographes de Gaston Chaissac, estimé 600, vendu 1300.
5)Une lettre de Charles X, estimé 150, vendu 60.
6)Manuscrit de Clermont-Tonnerre, estimé 400, vendu 1600.
7)44 photographies prises durant le Commune de Paris (1871), estimé 250, vendu 450.
8)24 pièces (lettres, mémoires, plans) du Général CAZALS lors de la conquête de l'Angleterre vers 1801, estimé 1200, vendu 5000.

Et nous arrivons à la vente attendue. Mise à prix : 10000 euros. Il est 14h06. Il faudra trois minutes pour s'acquitter de cette vente. Les prix montent, en cinq enchères, on dépasse les 20000 euros. Deux clients au téléphone se déchirent le lot. Ce sera finalement le client de MrNicolas qui obtiendra gain de cause, après 3 minutes de bataille "intra-telephonos". En y laissant la modique somme de 85000 euros. Hors taxes. Ce qui donne un prix total de 100249 euros. Donc, en résumé, 660000 francs. On croit rêver.

Je quitte la salle, ainsi que Mr Balassi. Beaucoup semblent estomaqués par ce prix incroyable. Je me dirige à l'accueil, mais l'hôtesse amicale est partie. On m'informe qu'il est impossible de faire parvenir un message à un acheteur. Depité, je réfléchis un peu. C'est Mr Nicolas qui a obtenu la vente. Il sera probablement présent lors de la remise du lot. Pourquoi ne pas lui laisser un message, dans sa librairie?

Métro, boulot. Dodo, on verra après. Je flâne sur les quais de la rive gauche. 41, quai des Grands Augustins, la librairie "Les neuf muses". Je m'installe au bord de la Seine, adossé au mur face à l'eau, et rédige ma lettre. Puis je retourne à la librairie. C'est une dame d'un certain âge qui se trouve là, c'est la mère de Mr Nicolas. C'est une femme en or. Elle comprend ma démarche, et ne la juge pas incongrüe. Nous parlons une dizaine de minutes. Elle m'avoue que d'avoir lu ces carnets lui a infligé des cauchemars. Le prix adjugé à ces carnets la suffoque quelque peu. Elle sera une des premières à le savoir. J'évoque mes recherches, mon départ un peu précipité. Puis je prends congé (ne pas oublier de recontacter cette librairie, et de remercier cette dame, si je peux avoir accès à ces carnets).

Direction Beaubourg : hier, pas de chance, fermé tous les mardis. Je passe quatre bonnes heures à la bibliothèque, photocopie quelques articles de presse, etc...Mon train n'est qu'à 23 heures. Petit coup de fil à mes amis (l'un d'eux me dit qu'un jour je lui téléphonerai du Népal, en compagnie du Dalaï-Lama...). J'entame mon retour. Nuit presque blanche (3 heures de sommeil, les fauteuils inclinables ne sont pas le meilleur support pour dormir, une soif terrible et une machine à boissons fraîches en panne. Grrr. Ce qui fait qu'il est déjà 9h36 quand je finis cette page. L'AFP m'apprend que c'est la société Scripture qui a fait l'acquisition des carnets, dans l'intention, dixit le PDG Philippe Belin, de faire "une exposition itinérante de documents historiques". Alors, affaire à suivre...

Sylvain Larue, 06 février 2003.


[Inspiré de la "FBI Most Wanted List"]