75-92-94

ILE-DE-FRANCE

Prisons départementales de la Seine



Département Images Ville Nom Adresse Période Capacité Histoire du lieu Nombre d'exécutions
Val-de-Marne (94)





Fresnes-les-Rungis Maison d'arrêt Allée des Thuyas En service depuis 1898 2.030 places (1962) Dès 1895, en raison des démolitions prochaines des prisons de Mazas, Sainte-Pélagie et la Grande Roquette, le département de la Seine décide de faire bâtir un nouveau pénitencier. Un seul pour trois prisons fermées? Oui, car la prison sera l'une des plus grandes qui soit. Il y a une raison à la création d'une nouvelle prison dans la région parisienne : primo, un seul chantier, même gigantesque, coûtera moins que trois chantiers de taille moins considérable mais dispersés un peu partout. Secundo, à ceux qui objectent au sujet de la fermeture des trois établissements, surtout au sujet de la Roquette, vieux d'à peine une soixantaine d'années, on rétorque la loi du 05 juin 1875, qui instaure dans les prisons départementales le régime cellulaire, régime qu'il fut impossible de mettre en place dans les prisons anciennes, à part à la maison de la Santé. Il faut trouver le lieu. Plusieurs propositions s'offrent au choix des autorités. Celles-ci jetteront leur dévolu sur un terrain à une dizaine de kilomètres de Paris, dans le Val de Marne. Un village qui se nomme Fresnes, non loin de Rungis, située sur un côteau. C'est sur le flanc gauche de ce côteau que se dressera la prison. L'accès en sera facilité car la facade principale donne sur la route nationale qui mène de Paris à Orléans. L'entrée se situe à 400 mètres du village de la Croix de Berny, sur une autre nationale (Versailles/Choisy-le-roi), et à un kilomètre de la gare ferroviaire de Berny.

Avant d'établir les plans, il faut savoir à quoi servira la prison :

-Maison d'arrêt : les détenus condamnés à une peine de moins d'un an et un jour y séjourneront, ainsi que certains condamnés "privilégiés" désirant une remise en effectuant une partie de leur peine dans une prison cellulaire.

-Dépôt des condamnés pour les détenus en attente de leur transfert vers les colonies pénitentiaires (Nouvelle-Calédonie, Guyane), où frappés de la rélégation. C'était la fonction principale de la Roquette.

-Enfin, Fresnes sera l'infirmerie centrale des prisons d'Ile-de-France.

La prison sera donc séparée en trois quartiers distincts. Le plan est dessiné par l'architecte Poussin, en raison de ses antécédents : il est le concepteur de la maison de correction de Montesson. Vers le 10 juin 1898, la prison est inaugurée. Ses dimensions sont considérables : un terrain de 600 sur 400 mètres, caché derrière un mur d'enceinte de 8 mètres de haut.
Aucune exécution : lieu d'incarcération de trois condamnés.
Hauts-de-Seine (92) Nanterre Maison départementale 75, route de Saint-Denis / 75, avenue de la République 1887- Dépôt de mendicité, ouvert suite au décret du 13 septembre 1887. Prisonniers transférés à Fresnes dès 1902, reste dépôt de mendicité. Partie intégrante du Centre d'Accueil et de Soins Hospitaliers. Utilisée comme lieu de tournage pour les films "La vie, l'amour, la mort", "La machine", "Les ripoux". Aucune exécution
Ville de Paris (75) Paris Prison Saint-Lazare 107, rue du Faubourg-Saint-Denis (10) 1802-1927 Prison sous la Terreur (Chénier y fut enfermé avant d'être exécuté), le couvent devint prison pour femmes, accueillant un fort pourcentage de prostituées qui s'y faisaient soigner - l'endroit était un hôpital prison. Délabrés, les bâtiments sont rasés vers 1824, puis reconstruits. Environ 1300 prisonnières y cohabitent. La plupart des bâtiments seront démolis vers 1935, et l'hôpital Saint-Lazare continuera sa vocation de centre d'accueil pour femmes jusqu'en 1998. Aucune exécution
Ville de Paris (75)









Paris Prison de la Petite-Roquette 143, rue de la Roquette (11) 1836-1974 250 places, 42 surveillantes (1962) 2 exécutions en 1942 et 1943.
Ville de Paris (75)







Paris Dépôt des condamnés de la Grande-Roquette 168, rue de la Roquette (11) 1836-1899 Il est des noms qui ne nous évoquent plus rien : Austerlitz? Une Gare. Biribi? Un quelconque mot d'argot. De même, la Roquette. On n'emploie même plus ce nom pour parler des obus thermonucléaires ou pas ! Ce n'est plus rien. Et pourtant, évoquer la Roquette dans le Paris de 1900 n'était pas agréable...

Il faut revenir en 1836. A cette époque, une poire du nom de Louis-Philippe dirige les destinées de la France. Il n'est pas d'une extrême sévérité, mais sa Justice est traitée comme il faut. Et pour punir les "fâcheux", rien de tel que la prison. Et à cette époque, il en existe bien en France : chaque ville d'importance moyenne a la sienne. Paris en a près d'une douzaine. Et donc sa majesté Williams décide de faire construire deux nouveaux édifices pénitentiaires dans la ville.

Il y a, dans la proche banlieue, un lieu aussi terrible : Bicêtre. A la fois asile d'aliénés et prison pour innomables meurtriers, la vie se fait dans la crasse ! C'est dans la cour de cette affreuse batisse que Mr Sanson, IVème du nom, a fait ses premiers tests de la Veuve. Et Louis-Philippe décide que cela suffit : seuls les déments auront le privilège de demeurer dans les cellules froides de l'asile. Les assassins seront, certains envoyés vers la nouvelle prison, d'autres vers les territoires inexplorés d'outre-mer.

L'architecte Gau est designé pour établir les plans de la nouvelle prison, et soumet son projet. Un mur d'enceinte, un batiment carré, percé d'une cour centrale. Il marque là son désir de se différencier de la dernière prison construite à Paris entre 1826 et 1830, sous Charles X, inaugurée le 11 septembre 1830, et qui accueille des femmes depuis 1835 (avant, c'était une prison pour délits légers). Celle-ci, construite dans le quartier de Ménilmontant (mais oui madame), a la forme d'une rotonde. Cette prison porte le nom de la rue où elle se trouve, au 143. La Roquette. Et la nouvelle se trouvera juste en face. Les travaux commençent, et le 24 décembre 1836, la nouvelle maison est inaugurée. Elle occupe l'emplacement des 164-168. Le même jour, pas moins de quarante "paniers à salde" transportent 187 prisonniers de Bicêtre à ce qui est une des plus grandes prisons de Paris. Son nom exact est "Dépôt de condamnés". Oui, c'est là qu'attendront les futurs bagnards avant leur départ pour l'Ile de Ré, puis pour Cayenne ou Nouméa... Mais aussi, et surtout, c'est là que séjourneront les condamnés à mort. Comment est-elle? La prison est entourée par le mur d'un chemin de ronde. On ne voit que les étages supérieurs, avec des persiennes fixes en tôle. A gauche, en entrant par la porte principale, on traverse le premier guichet, qui est séparé du préau par trois grilles de fer et quatre portes de chêne. Le préau est entouré de bancs de pierre où les prisonniers peuvent s'asseoir. Une fontaine se trouve en son centre. Un second guichet fait parvenir à la cour. Parvenu dans cette cour, la chapelle se trouve en face, d'architecture stricte et simple. Les ateliers, où les prisonniers travaillent dix heures par jour (lever 5 heures, coucher 19 heures 30) donnent sur cette cour. On la quitte par une galerie couverte, et en traversant le corps de garde des surveillants, on aboutit à une seconde cour, carrée avec un petit jardin. Là, se trouve la bibliothèque, dont le responsable est un détenu arrivé à ce poste grâce à sa bonne conduite. En 1872, on trouvait en ces lieux près de 1850 volumes (littérature, religion, morale, législation).

A cette époque, Mr Sanson le cinquième exerce ses talents à la barrière d'Arcueil, depuis l'arrêté préfectoral du 29 janvier 1832. Les condamnés ont toujours une distance appréciable à faire pour se rendre de la Grande Roquette (puisque c'est le nom qu'on donne désormais à la nouvelle prison) à l'échafaud. Environ quatre kilomètres. Rien ne sera changé pendant plus de 15 ans. Sanson VI, puis Ferey et enfin Heidenreich montreront leurs talents à la foule à la place de St-Jacques. Mais le 29 novembre 1851, un nouveau décret déplace, une énième fois, la place des exécutions parisiennes. On guillotinera à l'entrée de la Roquette. Des maçons cassent le pavage de la rue, et plaçent cinq dalles dans le sol, destinées à accueillir les pieds de l'échafaud. D'où le nom "abbaye de cinq-pierres", trouvé par un facétieux pour désigner ce lieu. A peine trois semaines plus tard, le 16 décembre 1851, les portes de la prison s'ouvrent pour laisser passer un certain Humblot. Les entraves l'empêchent de marcher convenablement, mais il n'a que dix mètres à parcourir avant de gravir les marches de l'échafaud. Le couperet tombe sur le premier des exécutés de la Roquette. Des noms célèbres suivront : l'abbé Verger, l'anarchiste Orsini, le cocher Collignon, le docteur de la Pommeraye...

La vie de la prison n'est pas la plus gaie, on s'en doute. Les cellules sont froides et sinistres, les seuls meubles qui s'y trouvent sont un lit et une table. La sécurité y est très importante. Les exécutions se passent, une par an, environ. Quand la Commune éclate, c'est contre les murs des prisons que sont fusillés les révoltés. A l'aube du 19 janvier 1870, sous une grotesque "Marseillaise", l'échafaud est dressé une ultime fois devant la prison, pour exécuter l'octuple meurtrier Troppmann. C'est Heidenreich qui officie. Ce sera aussi sa dernière exécution parisienne. Le décret Crémieux qui abolit l'échafaud l'instituant en même temps seul exécuteur pour tout le territoire français. En juin 1872, son successeur Roch guillotine un certain Moreux. Les spectateurs sont déçus. On ne voit que le sommet de la machine, ce qui fera dire : "Ce n'est plus l'échafaud maintenant, ce n'est plus que la guillotine..." A la même époque, le dictionnaire Larousse relate que depuis 1836, personne ne s'est évadé de cette prison.

Et puis les années passent. Les condamnés se suivent et se ressemblent. Au cours des années 1890, les intellectuels dénoncent les conditions inadmissibles dans lesquelles vivent les occupants. La pression se fait de plus en plus dure. Alors, le président Faure prend une décision : dès 1899, la prison sera desaffectée, et les condamnés transférés à la prison de la Santé, vieille de "seulement" 32 ans. Le 1er février 1899, un claironnant "Poooortez...Armes !" retentit à la porte de la prison, puis le claquement des fusils dans les paumes des mains des soldats suivi de la voix navrée d'un officier : "Mais je n'ai rien dit !" C'est un jeune homme de 22 ans, Peugnez, qui marche en riant vers la Veuve, tout content du dernier tour qu'il a joué. Il a quand même tué dans des conditions affreuses une vieille femme et son petit-fils. Des éléments du crime font songer, de nos jours, à l'oeuvre d'un "serial killer", pas moins. C'est la première exécution parisienne d'Anatole Deibler. Mais c'est surtout la 69ème et dernière exécution qui se déroulera sur cette placette. Dans les mois qui suivent, les prisonniers, comme en 1836, quittent sans regrets leur enfer pour un autre. Les masses des démolisseurs se mettent vite à la tâche. En 1900, il ne reste plus rien.

Que faire des condamnés à mort? La nouvelle place d'exécution est de loin une des plus sordides. A l'ombre de Notre-Dame de Paris, se trouve l'institut Médico-Légal. La Morgue. C'est là, devant ce haut lieu de la mort, qu'on devrait dresser les bois de justice certains matins. Cela n'arrivera jamais. Jusqu'en 1909, Deibler n'aura plus de travail à Paris. Et quand on le convoquera, ce sera pour ensanglanter le boulevard Arago, devant la Santé... Mais ceci est une autre histoire.

Passants, vous qui allez rue de la Roquette, cherchez les restes de cette histoire. Il existe un parc, tout arboré. L'entrée faite de briques. C'est l'ancien porche de la prison de femmes, la Petite Roquette. Si vous faites quelques pas tout droit, songez qu'en ce lieu, deux femmes furent, elle aussi guillotinées. C'était la cour de la prison. Celle-ci resta en activité jusqu'en 1974. Et juste en face, il existe une rue, entre deux hautes haies d'immeubles. La rue de la Croix-Faubin. Regardez bien le sol, près du passage piéton. Vous voyez les dalles? C'est une curiosité du Vieux Paris. C'est l'Abbaye de Cinq-Pierres. Ne vous étonnez pas de leur forme : après la démolition de la prison, l'ancien directeur tenta de les vendre au musée Carnavalet, après les avoir faites desceller. Le Musée refusa, et le directeur n'eut d'autre ressource que de faire replacer (plus mal que bien) les dalles. Ce qui fait que, d'une croix classique, la position des dalles forme désormais une croix de Saint-André.
Au moins soixante-neuf exécutions entre 1851 et 1899
Ville de Paris (75) Paris Prison cellulaire Mazas 23-25 Boulevard Mazas (actuel boulevard Diderot) (12) 1850-1898 1200 cellules, en six bâtiments rayonnant en étoile autour d'une rotonde centrale. Construite pour héberger les anciens détenus de la Force désaffectée. Fermée et démolie en 1898, en prévision de l'exposition universelle de 1900. Se trouvant face à la gare de Lyon, elle aurait constitué pour les touristes une bien désagréable première impression sitôt descendu du train. Aucune exécution.
Ville de Paris (75) La Santé, Paris

La Santé, Paris



La Santé, Paris

La Santé, Paris
Paris Maison d'arrêt de la Santé 42, rue de la Santé (14) 1867-2014 900 places, 240 surveillants (1962) Lieu d'incarcération des condamnés à mort de la Seine à compter de 1899 - date de fermeture du dépôt de la Grande-Roquette -, la Santé ne vit pas immédiatement fonctionner la guillotine à sa porte. Tout d'abord, de 1909 à 1939, ce fut le long de ses murs, boulevard Arago, que les exécutions eurent lieu. L'abolition des supplices en public renvoyant machine et bourreau dans les cours de prison, ce fut dans la cour d'honneur que les décapitations eurent désormais lieu. Dès cette époque, les condamnés de l'Aube et de Seine-et-Oise confièrent à la Santé leurs condamnés à mort, et dès les années 50, le département de l'Eure-et-Loir fit de même. La vieille maison d'arrêt insalubre évite pour l'heure tout plan de fermeture, et reste en 2013 l'unique prison parisienne intra-muros.

Bâtie sur un terrain de 25053 m², de forme trapézoïdale, la grande base étant la rue de la Santé, la prison peut contenir 1236 condamnés et 600 personnes sur 4 hectares. on y distingue bien l'étoile, qui composait la prison originale de 1867 à 1899.

Observez bien le plan numéroté : c'est en entrant dans le 7ème quartier, au quartier haut, que se trouvaient, de 1899 à 1954, les condamnés à mort. Quatre cellules composaient (en 1950) le quartier des c.a.m. Elles étaient les numéros 3/5, à gauche, et la 7/9 à droite. Formées chacune de trois cellules dont les murs avaient été démolies, elles pouvaient contenir 4 condamnés chacune, dans environ 40 m². Entre deux cellules, un couloir d'un mètre de large, grillagé des deux côtés, sert de salle de garde. Le condamné a un long chemin à faire pour arriver jusqu'à l'échafaud. Voyez plutôt : tout le 5ème quartier, puis le 6ème, la rotonde, et enfin le greffe. Dans la cour d'honneur, jusqu'en 1939, le fourgon attendait le condamné à mort, puis la guillotine fut réellement dressée dans la même cour. Puis, en janvier 1954, décision fut prise de rapprocher les condamnés du lieu d'expiation, et ils furent désormais installés au rez-de-chaussée de la 2ème division (branche basse droite de l'étoile). Plus de 12 cellules, individuelles désormais, réparties de chaque côté du couloir, seraient pour certains la dernière chambre de leur vie.
Cinquante-quatre exécutions entre 1940 et 1972